RIA 2019 : la FLCR met à l’honneur l’engagement citoyen dans l’ASC et « le participatif : du local au global »

Au côté de Madame Sonja Hanachi, membre du comité de la FCLR, Messieurs Claude Bodmer, coordinateur FCLR et Jean-Claude Gillet, Professeur honoraire des universités, Président honoraire du Réseau International de l’Animation (RIA). © RIA

                                                                  Lettre de la Fédération no 17 – décembre 2019

 

Pour sa neuvième édition, le colloque du Réseau international de l’animation (RIA) s’est réuni à à Lausanne du 4 au 6 novembre dernier sur le thème des « défis et enjeux des territoires pour l’animation socioculturelle ». Les territoires ? « parce qu’ils sont toujours plus larges, toujours plus flous et que cela permet de plus en plus de travailler avec d’autres métiers », confie Joëlle Libois, directrice de la Haute école de travail social (HETS) de Genève à Guillermo Montaño, coordinateur de la FCLR. L’autre particularité de cette édition, c’est que plusieurs écoles sociales se sont associées pour l’organiser, autour d’un comité inter-école rassemblant la Haute école de travail social et de la santé | EESP | Lausanne, la Haute école de travail social (HETS) de Genève, la Haute école de travail social Valais/Wallis de Sierre et la Haute école de travail social de Fribourg. En parallèle des sessions à l’EESP, des visites de terrain dans différents centres d’animation socio-culturelle (ASC) de la Romandie ont également été organisées.

La FCLR fait partie des «habitué.e.s» qui se retrouvent tous les deux ans pour avancer ensemble autour de l’ASC. « C’est une des spécificités du RIA, ce groupe qui se retrouve. Cela permet d’avoir des échanges en profondeur », explique Joëlle Libois, ajoutant encore que « cette année, l’Algérie qui avait accueilli l’évènement il y a deux ans, était un peu au cœur du RIA 2019 suite aux évènements qui se déroulent actuellement dans le pays ».  Membre du comité de la « Fédé » et de celui du Quart’Île à Vernier, Anna Conti a doublement participé à cette édition parce que pour la première fois, la FCLR présentait une communication. Inscrite dans l’axe 4 des « territoires méthodologiques », son thème était « Le participatif : du local au global ». Anna nous raconte.

 

Madame Anna Conti, membre du comité FCLR. © FCLR/CML

Comment êtes-vous « tombée dans la marmite » de l’ASC ?

Je ne connaissais pas l’ASC, je n’ai jamais été usagère de maison de quartier. J’ai découvert l’ASC à travers mes fonctions politiques, donc par hasard. J’étais élue communale à Vernier et je siégeais à la commission sociale. A ce titre, j’étais déléguée de la commune de Vernier au comité de la maison de quartier L’Alibi (devenue le Quart’Île). Puis, je suis entrée au comité. Quatre ans plus tard, je suis devenue présidente pendant cinq ans. Aujourd’hui, je suis toujours au comité. Cela fait 20 ans !

 

Vous avez participé au 9e RIA en novembre dernier. Pouvez-vous nous parler d’un moment ou d’une expérience qui vous a plus particulièrement frappée ?

Dans un des ateliers auquel j’ai participé, des animateurs de Sion nous ont fait part de leur « mal-être ». Ils travaillent dans un centre d’animation socioculturelle créé il y a 50 ans. En 2016, le centre a été municipalisé et l’association supprimée. Depuis, les animateurs vivent une sorte de crise d’identité : pour qui travaillent-ils ? La population ou la municipalité ? Où est le militantisme, la volonté de faire changer les choses par l’ASC ? Or, à l’ouverture du RIA, Jean-Claude Gillet (Professeur honoraire des universités et président honoraire du RIA) rappelait l’importance du militantisme qui est à la source de l’engagement de l’ASC.

Dans les écoles, on apprend aux professionnel.le.s, l’histoire de l’animation socioculturelle mais une fois sur le terrain, c’est toute autre chose. Dans le fond, même s’ils ont les moyens de travailler, les professionnel.le.s de Sion sont dans un tiraillement.

Vous avez aussi fait des visites de terrain. Où êtes-vous allée ?

Je suis allée au centre d’animation de Grand-Vennes, à Lausanne. Là-bas, ils ont un projet d’aller dans les quartiers avec une charrette ambulante pour faire de l’animation. Ce sont les animateurs et animatrices qui ont monté le projet. Il y a bien un comité mais ses membres n’ont pas participé à l’élaboration du projet : ils l’ont soutenu et à la fin, c’est la Fondation pour l’animation socioculturelle lausannoise (FASL) qui donne son accord pour la mise en œuvre du projet. Où est la participation citoyenne ?

 Justement, en parlant de participation citoyenne, parlez-nous de la communication de la FCLR. Quel était l’objectif ?

L’objectif était de montrer comment on peut impliquer des bénévoles dans les projets d’ASC.

On a choisi de le faire à travers deux projets : le projet Discourse de la Commission communication de la FCLR et un projet du Spot dans plusieurs quartiers de Chêne-Bourg. Donc à la fois, un projet au niveau local et un projet au niveau cantonal qui ont tous les deux pour point commun de vouloir impliquer des bénévoles.

Dans la commune de Chêne-Bourg, il y a beaucoup de nouveaux habitant.e.s, de personnes allophones, et différents niveaux socio-économiques. Dans ce contexte, se pose la question de comment favoriser le lien entre ces populations. Le projet « Spot sur les quartiers » élaboré par des professionnel.le.s et des membres du comité (donc bénévoles) du Spot visait à offrir des spectacles interactifs, gratuits et accessibles à tou.te.s dans différents lieux privés (résidences d’immeubles) et réputés populaires de la commune. L’objectif était de renforcer le lien social et le brassage entre personnes de cultures, générations et appartenances sociales différentes, de favoriser la circulation des habitant.e.s au sein des différents quartiers et de rendre accessible à tou.te.s la participation à des évènements culturels.

L’intention pour le Spot était de toucher de nouveaux publics et de leur proposer de prendre une part active à la réalisation du projet. Pour cela, en prélude des spectacles, des moments conviviaux informels étaient organisés en sollicitant les habitant.e.s des résidences pour participer à la gestion opérationnelle des évènements et notamment l’accueil du public, dans cette perspective de rencontre entre tou.te.s. Tâche qui s’est avérée plus difficile qu’imaginé (sentiment d’intrusion, stress d’accueillir, etc.) même si pour finir, le succès des évènements a été plutôt correct et grandissant.

Pour illustrer le niveau cantonal, nous avons parlé d’un projet de la FCLR. Dans le milieu de l’ASC à Genève, c’est important de maintenir le lien entre les membres des comités des 47 associations de centres. Le projet de la FCLR essaie de le faire à travers la plateforme de débat en ligne Discourse et autour de thèmes et de l’actualité du moment. Ce projet a été mis sur pied suite au rapport réalisé par EnQuêtes il y a quelques années et qui relevait un problème de communication entre la FCLR et ses membres.

Le premier thème que nous avons mis en débat au printemps portait sur le principe des procurations aux AG : faut-il modifier les statuts de la FCLR pour ouvrir les AG aux procurations et avoir le quorum ? En amont, il a fallu définir les règles du débat, mettre en place une modération des discussions et réfléchir à la manière d’en faire la synthèse en vue de l’AG. Ce premier débat a rencontré un succès moyen. Mais la plateforme permet de maintenir le lien entre deux AG à la fois entre la FCLR et ses membres et entre les membres. Le deuxième thème concernait les modalités de la mise en place des procurations. Pour celui-là, la participation est restée très modeste.

Un premier bilan montre qu’il faudrait animer des débats en continu. Mais dès qu’un débat est ouvert, une personne au secrétariat doit modérer, relancer les discussions. Cela prend du temps et nous manquons de moyens pour le faire.

À travers ces deux exemples on ne voulait pas pour présenter des projets parfaits. Mais on voulait illustrer la volonté d’impliquer des habitant.e.s, des citoyen.ne.s, montrer que ce n’est pas forcément facile et réfléchir aux moyens d’améliorer les projets.

Monsieur Jean-Marc Goy (en chemise à carreaux), membre du comité de la FCLR et de la MQ Saint-Jean. © RIA

 

En quoi cette approche est originale ?

Déjà, nous avons rédigé la communication à plusieurs mains/voix à la fois des bénévoles (Kete Fluch, Sonja Hanaci, Isabelle Fringuet-Paturle et moi) et un professionnel (Guillermo Montaño), et nous l’avons présentée aussi à plusieurs. Avec ces deux particularités, on a « détonné » dans cette assemblée ! En effet, les participant.e.s étaient quasiment tou.te.s des responsables politiques ou d’administrations publiques, des universitaires ou des professionnel.le.s. En fonctionnant avec des bénévoles, on voit bien que la FCLR et le système genevois de l’ASC sont uniques, une exception.

Et en allant au RIA, quand on entend les expériences de Sion ou de Grand-Vennes à Lausanne, on se dit qu’à Genève, on a de la chance. Les politiques font l’éloge de la participation citoyenne mais dans la réalité, est-ce vraiment ce que ces responsables veulent quand finalement ils et elles remettent en question les compétences données aux citoyen.ne.s il y a des années ? Remettre ce système en question est un risque !

Et puis, c’est aussi un enjeu économique. Quand les habitant.e.s ou les utilisateur.trice.s des lieux sont impliqué.e.s, les aménagements sont plus appropriés aux usages. Pour une maison de quartier, les habitant.e.s peuvent donner des idées qui vont rendre le lien plus idoine, plus adéquat. Ainsi, les gens y viendront plus volontiers, et il y aura moins de retouches à faire que lorsqu’on laisse faire les architectes.

Que retenez-vous de votre participation au RIA 2019 ?

Travailler à plusieurs sur la communication et la présenter, c’était déjà une expérience très intéressante et impressionnante. Il y avait une soixantaine de personnes à l’atelier !

C’était aussi l’occasion d’échanger avec des personnes du Québec, de Belgique, de l’Île de la Réunion, etc., qui ont d’autres manières de faire. On a aussi fait des rencontres avec des personnes extraordinaires, qui prennent beaucoup de risques pour mener des projets d’ASC. Par exemple en Inde ou dans les villes palestiniennes. Et puis nous avons découvert de belles initiatives d’ASC au Locle par exemple, ou en Belgique avec les populations migrantes.

Qu’auriez-vous aimé en plus ?

Il y a eu peu de communication dans les médias autour du RIA. L’ASC n’est pas suffisamment visible. La FCLR va avoir 50 ans et pourtant, à Genève, les gens savent peu que les maisons de quartier sont portées par des bénévoles. D’ailleurs, dans le langage courant, on gomme cette dimension associative : on ne dit pas « je vais à l’association de la maison de quartier », on dit : « je vais à la maison de quartier ».  Il y a un problème de communication là-dessus. Je rêve de faire une campagne d’affichage au niveau cantonal avec des visages et des paroles de bénévoles de centres ! Il faudrait rappeler qu’à l’origine, il y avait le militantisme et la volonté d’être acteur.trice de l’environnement dans lequel on vit.

© Laure Bonnevie

 

Justement, est-ce que cela ne fait pas peur ?

Si c’est le cas, c’est contradictoire : d’un côté, on veut de la participation, et de l’autre, on enlève des compétences aux bénévoles, ce qui, du coup, démotive les personnes engagées.

Si on donne des espaces d’expression aux gens ça contribue à éviter les « pétages de plomb » de la population. C’est un exutoire, un moyen de prévenir les explosions de violence. Si on enlève les outils qui permettent aux individus de s’investir, de s’exprimer, de se rencontrer, le modèle genevois pourrait disparaître.

En savoir plus sur la communication de la FCLR au 9e RIA

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Le comité inter-école organisateur du 9e RIA était composé de :

Haute école de travail social (HETS)

Haute école de travail social et de la santé | EESP | Lausanne

Haute école de travail social Valais/Wallis de Sierre

Haute école de travail social de Fribourg.

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