Etude-action sur l’apport de l’engagement associatif : morceaux choisis de cinq membres du comité de la FCLR

© Apéro FCLR 30.08.19/HDS             Lettre de la Fédération no 17 – décembre 2019

 

Face aux multiples interrogations que le nouveau contexte de l’animation socioculturelle (ASC) pose sur l’avenir de l’action des centres dans le canton de Genève, sur le rôle de vitalisation qu’ils jouent dans les quartiers et sur la mission de la FCLR, la « fédé » a décidé au printemps de réaliser une étude-action. Son but était triple : dresser un état des lieux des défis auxquels font face les comités et les équipes dans la conduite de leur action, poser un regard sur le fonctionnement de l’ASC tel qu’il est perçu par celles et ceux qui la font dans les centres et faire émerger des pistes d’action.

La FCLR en a confié la conduite à Laure Bonnevie et Peter Hislaire. Entre avril et octobre, il et elle se sont entretenu.e.s avec près de 40 membres de comité et professionnel.le.s dans 14 centres, ont réalisé un sondage en ligne auprès de l’ensemble des équipes et membres de comité des 47 centres, et ont rencontré trois « personnes ressource » à la ville de Genève et Onex. Les résultats et conclusions de l’étude ont été présentés le 17 octobre à l’Assemblée générale extraordinaire de la FCLR. Le rapport final est maintenant accessible en ligne. Il comprend la synthèse et les analyses des réflexions recueillies ainsi que des extraits des notes d’entretiens. Pourquoi faut-il le lire ?

Nous avons demandé à cinq membres du comité de la FCLR – Anna Conti, Didier Roulet, Dominique Blanc, Gilles-Olivier Bron et Pascal Thurnherr – de nous parler du passage qui les a le plus marqué.e.s. Florilèges de leurs morceaux choisis… et en prime, 7 (bonnes) raisons de lire le rapport !

 

Le plébiscite pour l’associatif

Selon les résultats du sondage en ligne lancé dans le cadre de l’étude-action, « 94 % des participant.e.s estiment que l’apport associatif est essentiel (65%) ou important (29%) » (page 20 du rapport).

Même si aucun.e des cinq membres du comité n’a retenu ce point en première intention, presque tou.te.s y ont fait allusion pour nourrir leur analyse ou en contrepoint de ce qu’ils et elle ont souhaité mettre en avant.

La responsabilité entre poids et rapport de confiance

C’est d’abord « le poids de la responsabilité » que retient Gilles-Olivier Bron en se référant à la page 16 du rapport.

« En tant que président de la MQJR ChâBal, j’ai dû signer un document sur l’hygiène alimentaire il y a quelques mois. C’est ainsi que j’ai découvert qu’en tant que président, je portais une responsabilité pénale », explique-t-il. « Donc je connaissais cette dimension mais ce passage du rapport me l’a remise en mémoire. »

Or si d’un côté l’association – et plus particulièrement son ou sa président.e – est responsable au quotidien et choisit son équipe d’animation, la FASe apparaît comme le « vrai » employeur des professionnel.le.s, en signant les contrats de travail. « C’est cette tension que nous avons depuis longtemps et que nous essayons de résoudre », ajoute Gilles-Olivier. Cela ne s’improvise pas : pour gérer l’association, il faut avoir des compétences ou pouvoir s’appuyer sur les compétences des autres membres du comité et de l’équipe. Pour la gestion financière par exemple, c’est important de pouvoir compter sur un binôme trésorier.ière / comptable qui fonctionne bien. En cas de conflit, les comités ne sont pas toujours armés pour faire face. Or, cela peut mettre en souffrance une équipe. « Dans ce cas-là, comment ne pas faire appel au service des ressources humaines de la FASe ? », s’interroge Gilles-Olivier.

« Cette question de la responsabilité est pesante et requiert de trouver un juste équilibre entre ce qui revient à l’État et aux communes, les prérogatives qu’on veut confier à la FASe et celles que nous ne voulons absolument pas abandonner au niveau associatif. » Pour ces dernières, que peut-on mettre en place pour soutenir les centres ? Gilles-Olivier imagine une meilleure solidarité entres les centres et l’impulsion que pourrait donner la FCLR à travers ses formations par exemple.

Car « cette question des RH touche aux fondamentaux du rôle d’un comité. Le comité est celui qui fixe les missions. Si les comités se déchargent des RH parce que c’est un domaine de compétence spécialisé, le risque est que les missions viennent d’ailleurs », conclut Gilles-Olivier.

Pour exercer les responsabilités, des conditions sont nécessaires, notamment le rapport de confiance. C’est sur cet aspect que s’est arrêtée Anna Conti à travers une citation en page 12.

Dans cette courte phrase, trois mots retiennent son attention : « désinvestissement », « confiance » et « liberté ». « Il y a des décennies, des responsables politiques ont décidé de faire confiance à des bénévoles. C’est précieux et rare ! Or, parfois, on pourrait croire que les prérogatives des comités sont grignotées et que le rapport de confiance est entamé », analyse-t-elle. « La FASe est l’employeur juridique. Elle veut que les choses se passent bien dans les centres car elle pense que s’il y avait un problème, un accident par exemple, ce serait elle qui assumerait seule la responsabilité. Mais ce n’est pas le cas car l’association peut aussi être appelée à répondre devant la justice et les autorités. Le ou la président-e d’une association de centre risque beaucoup. »

Le Quart’Île à Vernier, dont elle est membre du comité,  reçoit des subventions des communes pour son fonctionnement et la mise en œuvre de ses activités. « Ces subventions sont confiées à des bénévoles. Cette responsabilité est une marque de confiance qui les valorise, qui les motive », insiste Anna. Les membres de comité ont à cœur de bien gérer ces fonds : ils dépensent avec parcimonie, en faisant attention et en ayant conscience qu’ils gèrent de l’argent public.

Cette confiance va de pair avec une certaine liberté d’action. Or celle-ci se restreint. D’une part, la société évolue : le besoin absolu de risque zéro impose aux structures de « blinder » la sécurité des activités. « C’est une évolution sociale que les politiques et la FASe ne contrôlent pas mais qui les pousse à imposer des choses, explique Anna. En voulant se protéger « à travers les coordinateurs et coordinatrices région », la FASe risque de décourager les bénévoles et entraîner un désinvestissement. Anna le dit sans détour : « Pour monter des projets, il faut avoir les moyens et la liberté de le faire. Il faut une conception de l’ASC qui donne cette liberté ».

Le recrutement des équipes d’animation est l’espace de convergence de la responsabilité et de la confiance : c’est parce que les comités sont les employeurs au quotidien sur le terrain que ce sont eux qui choisissent les équipes avec lesquelles ils veulent travailler. « On nous a confié ce rôle au niveau politique, c’est courageux et c’est une responsabilité importante pour le bon fonctionnement du centre », conclut-elle. « Mais si un jour ce rôle est remis en question, les comités n’auront plus le même rapport avec les équipes ni la capacité de fixer la direction. Ce sera une forme de dystopie ».

La relation avec la FASe

Didier Roulet retient trois citations en page 20 qui abordent toutes la relation, le rapport de force entre l’associatif et la FASe, voire l’interventionnisme de celle-ci.

Dans la continuité de ces citations, Didier Roulet évoque les discussions à la dernière AG de la FCLR, le 5 décembre, sur la Convention collective de travail (CCT) et le cahier des charges des coordinateurs et coordinatrices région de la FASe, sujets qui ont ravivé le débat sur la question du lien hiérarchique, dont ni les équipes d’animation ni les comités ne veulent.

« Pourquoi suis-je dans un comité ? », s’interroge-t-il. « Je n’ai pas de projet particulier mais je trouve mon compte dans la rencontre avec des personnes avec qui je m’entends bien et avec lesquelles j’aime passer du temps. »

Après voir consacré 15 ans à la présidence de la MQ Chausse-Coq, Didier siège encore au comité de l’association dont il est trésorier. Il est aussi membre du comité de la FCLR et il siège à la Coordination centre ville (CCV) de Genève, ainsi qu’au conseil de fondation de la FASe. Cette année, pour la première fois, il s’est « amusé » à noter ses heures : environ 300… depuis début 2019. « Chez les bénévoles, je vois beaucoup de cheveux gris. Où sont les jeunes ? Je comprends qu’ils et elles se sentent moins concerné.e.s car l’ASC s’est beaucoup complexifiée. On doit rendre des comptes, personne ne le conteste, mais le ‘qui paie commande’, ça ne marche pas comme ça. »

Pour autant, « la relève est essentielle. Les équipes et les comités ont bien conscience de la quantité de travail bénévole et de sa valeur. Mais au-delà ? » s’interroge-t-il. L’ASC manque de visibilité auprès des élu.e.s mais aussi auprès des habitant.e.s des quartiers… Selon lui, il est essentiel que les animatrices et animateurs soient affecté.e.s à un centre, celui qui les a choisi.e.s lors de leur engagement, et pas déplaçables ici ou là pour répondre à un « besoin » décrété par une hiérarchie qui n’est pas sur le terrain. Le terrain est représenté par le comité, qui est donc l’organe le mieux à même de savoir quelles sont les actions les plus pertinentes à mener, et qui confie à l’équipe des professionnel.le.s du centre la mission de les accomplir. « Parmi ces missions », conclut-il, « il y a celle qui devrait être en permanence en ‘tâche de fond’ et qui consiste à constamment rechercher d’éventuel.le.s futur.e.s membres de comité, afin d’en assurer le renouvellement. Cela nécessite de bien connaître la population du quartier, de tisser avec elle des liens sur la durée. Ensuite la confiance est réciproque et l’on évite ainsi bien des problèmes ».

Le rôle de la FCLR

La question du bénévolat interpelle aussi Dominique Blanc, notamment sur les raisons pour lesquelles les bénévoles peuvent vite se sentir débordé.e.s par l’ampleur de la tâche. Le manque de soutien et d’outils est un enjeu. Les équipes jouent un rôle : « quand on débarque en tant que membre de comité, on ne connaît rien », se souvient-il. « Chez nous, à la MQ de Thônex, c’est l’équipe qui s’est occupée de nous organiser une rencontre avec Claude Bodmer de la FCLR pour briefer les nouvelles et nouveaux membres de comité. »

Les résultats du sondage sur les contacts avec la FCLR (page 22) – notamment le fait que 44 % des participant.e.s n’ont pas de contact avec les coordinateurs et coordinatrice de FCLR – l’ont donc interpellé.

« Ce n’est pas une surprise. C’est une confirmation de ce que l’on pouvait pressentir. De plus, on ne peut pas plaire à tout le monde », dit-il. « Mais il y a un hiatus entre le plébiscite pour l’associatif et la distance avec la FCLR qui en défend les intérêts. » Selon lui, il y a les personnes qui ne veulent pas avoir de relations avec la FCLR parce qu’elles n’en voient pas l’intérêt, ou parce qu’elles ont peut-être eu une mauvaise expérience. Mais il y a aussi celles qui méconnaissent son rôle et le soutien qu’elle peut apporter, et encore celles qui ont d’autres priorités. Car participer aux activités de la FCLR demande un investissement en temps. « Il faut veiller à raccrocher les wagons et pour cela il faut donner envie aux gens de s’investir. ».

C’est aussi cet enjeu-là qu’a retenu Pascal Thurnherr à la lecture des pages 26-27.

« Les réponses recueillies dans l’étude vont dans le sens que ce que la nouvelle équipe au comité de la FCLR [arrivée en 2018] a bien perçu », explique Pascal. « Les AG trop longues, la parole mobilisée par certains, etc. avec pour principale conséquence la désaffiliation et une fréquentation en baisse des AG ces dernières années. » Des mesures ont depuis été prises pour infléchir cette image mais cela prend du temps. « C’est pourquoi je ne suis pas étonné de ces résultats et nous devons continuer à creuser ce sillon-là : des AG plus démocratiques et plus ouvertes à la parole » ajoute-t-il. Pour cela, un travail d’explication des enjeux doit être mené en amont.

Signal réjouissant : la dernière AG du 5 décembre a réuni le quorum et les discussions qui portaient sur un sujet très épineux de la CCT (la fonction hiérarchique des coordinations région de la FASe) ont été riches. « Il y a trois ans », rappelle Pascal, « l’AG que nous avions eue sur ce sujet avait duré des heures sans aboutir à rien. Cette fois, le débat a été vif mais serein et courtois, et il a abouti à un vote clair. »

La dynamique a changé mais cela reste encore fragile comme le rapport le montre. « Il faut donc continuer dans cette direction sans se relâcher » ajoute Pascal qui évoque Discourse, la plateforme de participation et de débat mise en place par la FCLR, et qui doit encore être améliorée. « Toutes les pistes d’action mentionnées dans le rapport me parlent, à la fois en tant que président de la FCLR, membre du Conseil de Fondation de la FASe et co-président de la MQ des Acacias. »

Ainsi la question de la coresponsabilité serait à aborder centre par centre. En tant que président de la FCLR, le rôle de la « Fédé » serait de travailler avec chaque comité et de les soutenir sur cet enjeu-là. En tant que co-président de la MQ des Acacias, son rôle serait de partager l’expérience de ce qui a été mis en place dans son centre.

Revenant sur la piste d’action qui concerne plus particulièrement la FCLR (page 29), Pascal confirme que la FCLR veut être plus proactive auprès des comités de centre, notamment ceux qui ne viennent pas aux AG et avec lesquels elle n’a pas de contact.

« Le rapport montre à chaque page les espaces où la FCLR pourrait faire mieux. Mais ce travail de fond passe après les urgences et nous ne réussissons pas à le faire », analyse-t-il. « Comment faire mieux et plus sans avoir plus de moyens ? Il est évident que la FCLR a besoin à court terme d’un poste de coordination supplémentaire pour pouvoir poursuivre sa mission auprès des associations de centres. » D’autant que le périmètre à couvrir est large et que les besoins vont encore s’intensifier avec l’émergence de nouveaux quartiers. Là-aussi, Pascal est convaincu que la FCLR a un rôle fondamental à jouer, mais qu’elle va devoir se battre pour pouvoir le jouer : « nous allons devoir aller au-devant des communes pour rappeler la nécessité d’ouvrir des espaces pour la mobilisation citoyenne. La FCLR doit soutenir l’émergence de nouvelles associations pour que les futurs centres d’animation socioculturelle ne soient pas désincarnés mais au contraire bien connectés aux quartiers qu’ils serviront. »

« La FCLR a un rôle à jouer pour préserver le sens et les valeurs de l’ASC. L’étude-action fournit à la ‘fédé’ et à ses membres un état des lieux et des pistes d’action utiles, et cela pour plusieurs années », conclut-il.

  • Ce florilège vous a donné envie de découvrir les synthèses et résultats de l’étude-action ? Le rapport est en ligne ici
  • Pas encore tout à fait convaincu.e ? Lisez les 7 (bonnes) raisons de télécharger le rapport :

7 (bonnes) raisons de lire l’étude-action sur l’apport de l’engagement associatif dans les centres d’animation socioculturelle

  • Lire les citations : elles sont concrètes et parlent plus qu’un texte général. Elles donnent du réalisme au rapport.
  • Pour les nouvelles et nouveaux membres de comité mais aussi les responsables : mieux comprendre le contexte de l’ASC, l’importance de l’associatif, le fonctionnement des centres, les rôles respectifs des comités et des équipes, le rôle de la FCLR, celui de la FASe, etc.
  • Découvrir les fonctionnements des autres centres et enrichir le regard qu’on porte sur le sien.
  • Comprendre qu’entre équipes et comités il y a des différences d’appréciations et que chacun doit veiller à entendre l’autre pour que le centre fonctionne bien.
  • Comprendre/se souvenir que l’animation est aussi un travail administratif pour monter les activités et que les animateurs et animatrices ne peuvent pas passer tout leur temps sur le terrain.
  • Comprendre que les associations de centre ne sont pas des associations comme les autres.
  • Se rassurer en voyant que les sentiments sur les difficultés actuelles sont partagés par beaucoup.

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La Lettre de la FCLR n° 16 – Octobre 2019 💬 Projets associatifs : n’ayez pas peur de rêver !

« Le développement du pouvoir d’agir, c’est le passage du sentiment d’impuissance à la possibilité d’agir sur ce qui compte pour soi, pour ses proches et pour les groupes auxquels on s’identifie. »

Yann le Bossé

 

Au sommaire

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Réseau International de l’Animation (RIA)

Le IXème Colloque du RIA sur le thème des Défis et enjeux des territoires pour l’animation socioculturelle a eu lieu à Lausanne du 4 au 6 novembre 2019.

La FCLR était présente. Un retour est prévu prochainement.

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VIIIème Colloque du RIA (2017) : L’animation socioculturelle à l’ère de la communication numérique et des nouveaux médias

Retour des déléguées de la FCLR:

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Place aux enfants à Plainpalais : Un Terrain d’aventures éphémère a enchanté la plaine pendant l’été

© Collectif InteRob                                           Lettre de la Fédération no 16 – octobre 2019

Du 15 juillet au 9 août dernier, une oasis de convivialité et d’aventures a émergé au milieu du « désert » de Plainpalais. Organisé à l’initiative du Collectif InteRob qui rassemble les animateur.trice.s des Jardins Robinson et Terrains d’aventures de Genève et Lausanne, cet espace de loisirs et d’expérimentation éphémère a rencontré un beau succès auprès des 6-12 ans, de leurs parents et plus largement des habitant.e.s du quartier.

Comment ce projet a-t-il vu le jour ? Quels étaient ses objectifs et quel en est le bilan ? Nous avons contacté Claudia Garcia, animatrice socioculturelle du Jardin Robinson d’Onex, l’une des deux coordinatrices du projet. Interview.

 

Comment est née l’idée de ce terrain éphémère ?

Le projet a été imaginé par le Collectif InteRob. Tous les deux à trois mois, nous nous réunissons entre professionnel.le.s des neuf Terrains d’aventures et Jardins Robinson de Genève et du Terrain d’aventures de Lausanne pour échanger sur nos pratiques. Dans la capitale vaudoise justement, nos collègues organisent depuis plus de 10 ans « Le Tunnel rêve de vert », un projet qui transforme la place du Tunnel en parc de quartier pendant la période estivale. La place [ndlr : qui le reste de l’année sert de parking] est aménagée pour devenir un lieu de rencontre et d’accueil ouvert au tout public. Occuper un espace nu en pleine ville et proposer gratuitement un accueil libre aux enfants, ce projet nous semblait pertinent aussi pour Genève. Nous avons posé les premières réflexions en avril 2015 et le projet « La Place aux Enfants » a vu le jour cet été.

Quels étaient les objectifs ? Pourquoi avoir choisi la plaine de Plainpalais ?

Nous voulions offrir à des enfants qui ne partent pas en vacances un espace de liberté et de jeu gratuit en plein cœur de la ville. Dans ce lieu encadré par une équipe d’animation professionnelle, nous voulions qu’ils puissent expérimenter et exprimer leur créativité, à travers les valeurs de l’accueil libre. Nous espérions aussi toucher les parents et habitant.e.s du quartier en organisant un repas canadien les vendredis soirs.

Nous avons choisi Plainpalais parce c’est un lieu central à Genève. Il est facilement accessible, il est connu et visible, et en plus, il est vierge ! La philosophie du projet, c’était de partir de rien pour faire émerger quelque chose et répondre aux besoins des habitant.e.s. Sur le principe, la Ville de Genève était d’accord. Mais elle s’est inquiétée de la chaleur et du manque d’ombre sur la plaine, et nous a proposé de développer le projet au parc des Bastions. Toutefois, il nous semblait que notre projet perdrait du sens aux Bastions : nous voulions vraiment partir de rien et toucher une population issue de la classe moyenne. Nous avons préféré Plainpalais.

Nous avons pris contact avec les centres et acteurs du quartier (FASe, les MQ des Acacias, de Plainpalais, de Chausse-Coq et de la Jonction, le skatepark, etc.) pour développer les réseaux, connaître l’offre d’animation et identifier les vides à combler. Nous avons ainsi constaté qu’à cette période de l’année, il y avait moins d’accueil car la plupart des centres sont fermés, et par ailleurs, que la plaine n’offrait aucune infrastructure pour les 6-12 ans.

Comment vous êtes-vous organisé.e.s au sein du collectif pour monter ce terrain d’aventures éphémère ?

De l’idée à l’ouverture du terrain éphémère, il nous a fallu quatre ans pour concrétiser le projet. Cela peut paraître long mais nous avons pris le temps de visiter l’expérience de Lausanne et nous avons monté le projet en parallèle de nos activités dans nos centres respectifs.

Un groupe de travail de quatre personnes s’est formé en 2015 pour discuter et définir le projet. Ensuite, nous l’avons présenté à la FASe et avons soumis une demande de financement au Fonds FACS en mai 2018. Nous avons reçu une réponse positive en août 2018.

Fin septembre 2018, nous avons mis en place une coordination que nous avons assurée à deux avec Muriel Waelti-Mehinto (animatrice au Terrain d’aventures de Lancy-Voirets) pour concrétiser le projet et le lancer.

Quelles activités ont été proposées sur la plaine ?

Au Terrain d’aventures éphémère, les enfants ont pu construire des cabanes, s’initier à la danse ou à l’impro, jouer au foot ou à des jeux de société. Nous avions aussi du matériel de créativité pour faire de la peinture, du modelage, des sculptures en papier mâché, etc. Tous les jours, nous leur avons offert le goûter.

Les parents n’étaient pas en reste car nous leur avions aménagé un coin détente où se poser pendant que leurs enfants jouaient. Au fur et à mesure, le terrain est devenu un « accueil libre famille » ! C’est très intéressant et les retours sont très positifs.

© Collectif InteRob

De quels soutiens avez-vous bénéficié ?

Le Fonds FACS a couvert les 240 heures de coordination, ainsi que les heures de technicien, de secrétaire-comptable, de moniteur.trice.s (entre 8 et 9) et de deux animateur.trice.s. Nous avons aussi reçu des fonds privés.

Du côté des centres, on nous a prêté du matériel et du mobilier, et la Ville de Genève nous a permis d’utiliser le terrain gratuitement. Nous avons aussi travaillé avec plusieurs de ses services. Par exemple, la Voirie et le service des espaces verts ont fourni l’eau et l’électricité et ont installé des containers ouverts sur la plaine pour que nous ayons de l’ombre.

La FASe nous a également donné un coup de main pour la communication en diffusant l’information dans les médias.

Quels défis avez-vous rencontrés pendant la saison ?

La météo ! Il a fait très chaud… Nous avons dû adapter les activités à la canicule et au vent. Pour lutter contre la chaleur, nous avons aménagé en cours de saison une piscine de bottes de paille et proposé des jeux d’eau.

Nous nous sommes également rendu compte que la plaine n’est pas aussi accessible que cela, à cause du trafic routier tout autour.

© Collectif InteRob

Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

Positif ! Toute l’équipe du projet est enthousiaste et veut renouveler le projet l’année prochaine. Et à Plainpalais ! Nous avons amené une réelle innovation au cœur de l’été genevois : nous sommes parti.e.s d’une page blanche sur un terrain nu pour offrir pendant un mois une animation gratuite, sans autre contrainte que celle du respect de l’autre et du lieu. Nous avons créé en pleine ville un lieu hors du temps, un espace de jeu et de découvertes pour les enfants et de tranquillité pour les parents.

La fréquentation a été bonne : entre 35 et 65 enfants par jour (sauf pendant la semaine de canicule), principalement issus de la population que nous visions, c’est à dire les enfants et parents du quartier, avec même un groupe d’ « habitué.e.s ». Mais nous avons aussi accueilli des touristes qui s’arrêtaient entre deux visites et des enfants venus d’autres quartiers, de Carouge et d’autres communes.

Mais bien sûr, il y aurait des choses à renforcer. Par exemple, il faudrait améliorer l’infrastructure en ajoutant des plantes et de la verdure. Nous devons aussi communiquer plus et mieux pour être plus visible et installer le projet dans la durée et le paysage genevois. Si nous voulons rester à Plainpalais, c’est aussi pour cela : pour que la Place aux Enfants soit identifiée à la plaine. Pour cela, il faudrait que nous fassions un affichage dans le quartier, une information dans les écoles avant les vacances, etc.

Et du côté des partenariats ?

Cette première édition a montré la pertinence du projet. Ce bilan devrait nous permettre de renforcer les partenariats, en particulier avec la Ville de Genève. Nous pensons aussi à des acteurs comme l’Hépia et Urbanature pour repenser l’architecture et l’aménagement paysagers du terrain d’aventures éphémère…

A suivre pour une deuxième édition en 2020 ?

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Le Collectif InteRob et l’accueil libre en bref

InteRob regroupe une dizaine de lieux qui pratiquent l’accueil libre pour les enfants sur les cantons de Genève et Vaud. Ces lieux sont rattachés à la Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle (FASe) et à la Fondation pour l’animation socioculturelle lausannoise (FASL).

« L’accueil libre est une forme d’accueil qui se déroule dans un cadre défini et modulable, dont les professionnels sont les garants, et dans lequel les enfants et (ou) adolescents peuvent venir faire l’expérience de la liberté. Ces derniers ont la possibilité de s’approprier leur temps libre. Ils peuvent en effet choisir à quel moment ils arrivent, quand ils repartent, ce qu’ils vont faire, avec qui et comment. […]

L’accueil libre permet l’apprentissage de la vie en collectivité. »

(Extrait de L’Accueil Libre en Terrains d’Aventures et Jardins Robinson – Une pratique à (re)découvrir)