RIA 2019 : la FLCR met à l’honneur l’engagement citoyen dans l’ASC et « le participatif : du local au global »

Au côté de Madame Sonja Hanachi, membre du comité de la FCLR, Messieurs Claude Bodmer, coordinateur FCLR et Jean-Claude Gillet, Professeur honoraire des universités, Président honoraire du Réseau International de l’Animation (RIA). © RIA

                                                                  Lettre de la Fédération no 17 – décembre 2019

 

Pour sa neuvième édition, le colloque du Réseau international de l’animation (RIA) s’est réuni à à Lausanne du 4 au 6 novembre dernier sur le thème des « défis et enjeux des territoires pour l’animation socioculturelle ». Les territoires ? « parce qu’ils sont toujours plus larges, toujours plus flous et que cela permet de plus en plus de travailler avec d’autres métiers », confie Joëlle Libois, directrice de la Haute école de travail social (HETS) de Genève à Guillermo Montaño, coordinateur de la FCLR. L’autre particularité de cette édition, c’est que plusieurs écoles sociales se sont associées pour l’organiser, autour d’un comité inter-école rassemblant la Haute école de travail social et de la santé | EESP | Lausanne, la Haute école de travail social (HETS) de Genève, la Haute école de travail social Valais/Wallis de Sierre et la Haute école de travail social de Fribourg. En parallèle des sessions à l’EESP, des visites de terrain dans différents centres d’animation socio-culturelle (ASC) de la Romandie ont également été organisées.

La FCLR fait partie des «habitué.e.s» qui se retrouvent tous les deux ans pour avancer ensemble autour de l’ASC. « C’est une des spécificités du RIA, ce groupe qui se retrouve. Cela permet d’avoir des échanges en profondeur », explique Joëlle Libois, ajoutant encore que « cette année, l’Algérie qui avait accueilli l’évènement il y a deux ans, était un peu au cœur du RIA 2019 suite aux évènements qui se déroulent actuellement dans le pays ».  Membre du comité de la « Fédé » et de celui du Quart’Île à Vernier, Anna Conti a doublement participé à cette édition parce que pour la première fois, la FCLR présentait une communication. Inscrite dans l’axe 4 des « territoires méthodologiques », son thème était « Le participatif : du local au global ». Anna nous raconte.

 

Madame Anna Conti, membre du comité FCLR. © FCLR/CML

Comment êtes-vous « tombée dans la marmite » de l’ASC ?

Je ne connaissais pas l’ASC, je n’ai jamais été usagère de maison de quartier. J’ai découvert l’ASC à travers mes fonctions politiques, donc par hasard. J’étais élue communale à Vernier et je siégeais à la commission sociale. A ce titre, j’étais déléguée de la commune de Vernier au comité de la maison de quartier L’Alibi (devenue le Quart’Île). Puis, je suis entrée au comité. Quatre ans plus tard, je suis devenue présidente pendant cinq ans. Aujourd’hui, je suis toujours au comité. Cela fait 20 ans !

 

Vous avez participé au 9e RIA en novembre dernier. Pouvez-vous nous parler d’un moment ou d’une expérience qui vous a plus particulièrement frappée ?

Dans un des ateliers auquel j’ai participé, des animateurs de Sion nous ont fait part de leur « mal-être ». Ils travaillent dans un centre d’animation socioculturelle créé il y a 50 ans. En 2016, le centre a été municipalisé et l’association supprimée. Depuis, les animateurs vivent une sorte de crise d’identité : pour qui travaillent-ils ? La population ou la municipalité ? Où est le militantisme, la volonté de faire changer les choses par l’ASC ? Or, à l’ouverture du RIA, Jean-Claude Gillet (Professeur honoraire des universités et président honoraire du RIA) rappelait l’importance du militantisme qui est à la source de l’engagement de l’ASC.

Dans les écoles, on apprend aux professionnel.le.s, l’histoire de l’animation socioculturelle mais une fois sur le terrain, c’est toute autre chose. Dans le fond, même s’ils ont les moyens de travailler, les professionnel.le.s de Sion sont dans un tiraillement.

Vous avez aussi fait des visites de terrain. Où êtes-vous allée ?

Je suis allée au centre d’animation de Grand-Vennes, à Lausanne. Là-bas, ils ont un projet d’aller dans les quartiers avec une charrette ambulante pour faire de l’animation. Ce sont les animateurs et animatrices qui ont monté le projet. Il y a bien un comité mais ses membres n’ont pas participé à l’élaboration du projet : ils l’ont soutenu et à la fin, c’est la Fondation pour l’animation socioculturelle lausannoise (FASL) qui donne son accord pour la mise en œuvre du projet. Où est la participation citoyenne ?

 Justement, en parlant de participation citoyenne, parlez-nous de la communication de la FCLR. Quel était l’objectif ?

L’objectif était de montrer comment on peut impliquer des bénévoles dans les projets d’ASC.

On a choisi de le faire à travers deux projets : le projet Discourse de la Commission communication de la FCLR et un projet du Spot dans plusieurs quartiers de Chêne-Bourg. Donc à la fois, un projet au niveau local et un projet au niveau cantonal qui ont tous les deux pour point commun de vouloir impliquer des bénévoles.

Dans la commune de Chêne-Bourg, il y a beaucoup de nouveaux habitant.e.s, de personnes allophones, et différents niveaux socio-économiques. Dans ce contexte, se pose la question de comment favoriser le lien entre ces populations. Le projet « Spot sur les quartiers » élaboré par des professionnel.le.s et des membres du comité (donc bénévoles) du Spot visait à offrir des spectacles interactifs, gratuits et accessibles à tou.te.s dans différents lieux privés (résidences d’immeubles) et réputés populaires de la commune. L’objectif était de renforcer le lien social et le brassage entre personnes de cultures, générations et appartenances sociales différentes, de favoriser la circulation des habitant.e.s au sein des différents quartiers et de rendre accessible à tou.te.s la participation à des évènements culturels.

L’intention pour le Spot était de toucher de nouveaux publics et de leur proposer de prendre une part active à la réalisation du projet. Pour cela, en prélude des spectacles, des moments conviviaux informels étaient organisés en sollicitant les habitant.e.s des résidences pour participer à la gestion opérationnelle des évènements et notamment l’accueil du public, dans cette perspective de rencontre entre tou.te.s. Tâche qui s’est avérée plus difficile qu’imaginé (sentiment d’intrusion, stress d’accueillir, etc.) même si pour finir, le succès des évènements a été plutôt correct et grandissant.

Pour illustrer le niveau cantonal, nous avons parlé d’un projet de la FCLR. Dans le milieu de l’ASC à Genève, c’est important de maintenir le lien entre les membres des comités des 47 associations de centres. Le projet de la FCLR essaie de le faire à travers la plateforme de débat en ligne Discourse et autour de thèmes et de l’actualité du moment. Ce projet a été mis sur pied suite au rapport réalisé par EnQuêtes il y a quelques années et qui relevait un problème de communication entre la FCLR et ses membres.

Le premier thème que nous avons mis en débat au printemps portait sur le principe des procurations aux AG : faut-il modifier les statuts de la FCLR pour ouvrir les AG aux procurations et avoir le quorum ? En amont, il a fallu définir les règles du débat, mettre en place une modération des discussions et réfléchir à la manière d’en faire la synthèse en vue de l’AG. Ce premier débat a rencontré un succès moyen. Mais la plateforme permet de maintenir le lien entre deux AG à la fois entre la FCLR et ses membres et entre les membres. Le deuxième thème concernait les modalités de la mise en place des procurations. Pour celui-là, la participation est restée très modeste.

Un premier bilan montre qu’il faudrait animer des débats en continu. Mais dès qu’un débat est ouvert, une personne au secrétariat doit modérer, relancer les discussions. Cela prend du temps et nous manquons de moyens pour le faire.

À travers ces deux exemples on ne voulait pas pour présenter des projets parfaits. Mais on voulait illustrer la volonté d’impliquer des habitant.e.s, des citoyen.ne.s, montrer que ce n’est pas forcément facile et réfléchir aux moyens d’améliorer les projets.

Monsieur Jean-Marc Goy (en chemise à carreaux), membre du comité de la FCLR et de la MQ Saint-Jean. © RIA

 

En quoi cette approche est originale ?

Déjà, nous avons rédigé la communication à plusieurs mains/voix à la fois des bénévoles (Kete Fluch, Sonja Hanaci, Isabelle Fringuet-Paturle et moi) et un professionnel (Guillermo Montaño), et nous l’avons présentée aussi à plusieurs. Avec ces deux particularités, on a « détonné » dans cette assemblée ! En effet, les participant.e.s étaient quasiment tou.te.s des responsables politiques ou d’administrations publiques, des universitaires ou des professionnel.le.s. En fonctionnant avec des bénévoles, on voit bien que la FCLR et le système genevois de l’ASC sont uniques, une exception.

Et en allant au RIA, quand on entend les expériences de Sion ou de Grand-Vennes à Lausanne, on se dit qu’à Genève, on a de la chance. Les politiques font l’éloge de la participation citoyenne mais dans la réalité, est-ce vraiment ce que ces responsables veulent quand finalement ils et elles remettent en question les compétences données aux citoyen.ne.s il y a des années ? Remettre ce système en question est un risque !

Et puis, c’est aussi un enjeu économique. Quand les habitant.e.s ou les utilisateur.trice.s des lieux sont impliqué.e.s, les aménagements sont plus appropriés aux usages. Pour une maison de quartier, les habitant.e.s peuvent donner des idées qui vont rendre le lien plus idoine, plus adéquat. Ainsi, les gens y viendront plus volontiers, et il y aura moins de retouches à faire que lorsqu’on laisse faire les architectes.

Que retenez-vous de votre participation au RIA 2019 ?

Travailler à plusieurs sur la communication et la présenter, c’était déjà une expérience très intéressante et impressionnante. Il y avait une soixantaine de personnes à l’atelier !

C’était aussi l’occasion d’échanger avec des personnes du Québec, de Belgique, de l’Île de la Réunion, etc., qui ont d’autres manières de faire. On a aussi fait des rencontres avec des personnes extraordinaires, qui prennent beaucoup de risques pour mener des projets d’ASC. Par exemple en Inde ou dans les villes palestiniennes. Et puis nous avons découvert de belles initiatives d’ASC au Locle par exemple, ou en Belgique avec les populations migrantes.

Qu’auriez-vous aimé en plus ?

Il y a eu peu de communication dans les médias autour du RIA. L’ASC n’est pas suffisamment visible. La FCLR va avoir 50 ans et pourtant, à Genève, les gens savent peu que les maisons de quartier sont portées par des bénévoles. D’ailleurs, dans le langage courant, on gomme cette dimension associative : on ne dit pas « je vais à l’association de la maison de quartier », on dit : « je vais à la maison de quartier ».  Il y a un problème de communication là-dessus. Je rêve de faire une campagne d’affichage au niveau cantonal avec des visages et des paroles de bénévoles de centres ! Il faudrait rappeler qu’à l’origine, il y avait le militantisme et la volonté d’être acteur.trice de l’environnement dans lequel on vit.

© Laure Bonnevie

 

Justement, est-ce que cela ne fait pas peur ?

Si c’est le cas, c’est contradictoire : d’un côté, on veut de la participation, et de l’autre, on enlève des compétences aux bénévoles, ce qui, du coup, démotive les personnes engagées.

Si on donne des espaces d’expression aux gens ça contribue à éviter les « pétages de plomb » de la population. C’est un exutoire, un moyen de prévenir les explosions de violence. Si on enlève les outils qui permettent aux individus de s’investir, de s’exprimer, de se rencontrer, le modèle genevois pourrait disparaître.

En savoir plus sur la communication de la FCLR au 9e RIA

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Le comité inter-école organisateur du 9e RIA était composé de :

Haute école de travail social (HETS)

Haute école de travail social et de la santé | EESP | Lausanne

Haute école de travail social Valais/Wallis de Sierre

Haute école de travail social de Fribourg.

Etude-action sur l’apport de l’engagement associatif : morceaux choisis de cinq membres du comité de la FCLR

© Apéro FCLR 30.08.19/HDS             Lettre de la Fédération no 17 – décembre 2019

 

Face aux multiples interrogations que le nouveau contexte de l’animation socioculturelle (ASC) pose sur l’avenir de l’action des centres dans le canton de Genève, sur le rôle de vitalisation qu’ils jouent dans les quartiers et sur la mission de la FCLR, la « fédé » a décidé au printemps de réaliser une étude-action. Son but était triple : dresser un état des lieux des défis auxquels font face les comités et les équipes dans la conduite de leur action, poser un regard sur le fonctionnement de l’ASC tel qu’il est perçu par celles et ceux qui la font dans les centres et faire émerger des pistes d’action.

La FCLR en a confié la conduite à Laure Bonnevie et Peter Hislaire. Entre avril et octobre, il et elle se sont entretenu.e.s avec près de 40 membres de comité et professionnel.le.s dans 14 centres, ont réalisé un sondage en ligne auprès de l’ensemble des équipes et membres de comité des 47 centres, et ont rencontré trois « personnes ressource » à la ville de Genève et Onex. Les résultats et conclusions de l’étude ont été présentés le 17 octobre à l’Assemblée générale extraordinaire de la FCLR. Le rapport final est maintenant accessible en ligne. Il comprend la synthèse et les analyses des réflexions recueillies ainsi que des extraits des notes d’entretiens. Pourquoi faut-il le lire ?

Nous avons demandé à cinq membres du comité de la FCLR – Anna Conti, Didier Roulet, Dominique Blanc, Gilles-Olivier Bron et Pascal Thurnherr – de nous parler du passage qui les a le plus marqué.e.s. Florilèges de leurs morceaux choisis… et en prime, 7 (bonnes) raisons de lire le rapport !

 

Le plébiscite pour l’associatif

Selon les résultats du sondage en ligne lancé dans le cadre de l’étude-action, « 94 % des participant.e.s estiment que l’apport associatif est essentiel (65%) ou important (29%) » (page 20 du rapport).

Même si aucun.e des cinq membres du comité n’a retenu ce point en première intention, presque tou.te.s y ont fait allusion pour nourrir leur analyse ou en contrepoint de ce qu’ils et elle ont souhaité mettre en avant.

La responsabilité entre poids et rapport de confiance

C’est d’abord « le poids de la responsabilité » que retient Gilles-Olivier Bron en se référant à la page 16 du rapport.

« En tant que président de la MQJR ChâBal, j’ai dû signer un document sur l’hygiène alimentaire il y a quelques mois. C’est ainsi que j’ai découvert qu’en tant que président, je portais une responsabilité pénale », explique-t-il. « Donc je connaissais cette dimension mais ce passage du rapport me l’a remise en mémoire. »

Or si d’un côté l’association – et plus particulièrement son ou sa président.e – est responsable au quotidien et choisit son équipe d’animation, la FASe apparaît comme le « vrai » employeur des professionnel.le.s, en signant les contrats de travail. « C’est cette tension que nous avons depuis longtemps et que nous essayons de résoudre », ajoute Gilles-Olivier. Cela ne s’improvise pas : pour gérer l’association, il faut avoir des compétences ou pouvoir s’appuyer sur les compétences des autres membres du comité et de l’équipe. Pour la gestion financière par exemple, c’est important de pouvoir compter sur un binôme trésorier.ière / comptable qui fonctionne bien. En cas de conflit, les comités ne sont pas toujours armés pour faire face. Or, cela peut mettre en souffrance une équipe. « Dans ce cas-là, comment ne pas faire appel au service des ressources humaines de la FASe ? », s’interroge Gilles-Olivier.

« Cette question de la responsabilité est pesante et requiert de trouver un juste équilibre entre ce qui revient à l’État et aux communes, les prérogatives qu’on veut confier à la FASe et celles que nous ne voulons absolument pas abandonner au niveau associatif. » Pour ces dernières, que peut-on mettre en place pour soutenir les centres ? Gilles-Olivier imagine une meilleure solidarité entres les centres et l’impulsion que pourrait donner la FCLR à travers ses formations par exemple.

Car « cette question des RH touche aux fondamentaux du rôle d’un comité. Le comité est celui qui fixe les missions. Si les comités se déchargent des RH parce que c’est un domaine de compétence spécialisé, le risque est que les missions viennent d’ailleurs », conclut Gilles-Olivier.

Pour exercer les responsabilités, des conditions sont nécessaires, notamment le rapport de confiance. C’est sur cet aspect que s’est arrêtée Anna Conti à travers une citation en page 12.

Dans cette courte phrase, trois mots retiennent son attention : « désinvestissement », « confiance » et « liberté ». « Il y a des décennies, des responsables politiques ont décidé de faire confiance à des bénévoles. C’est précieux et rare ! Or, parfois, on pourrait croire que les prérogatives des comités sont grignotées et que le rapport de confiance est entamé », analyse-t-elle. « La FASe est l’employeur juridique. Elle veut que les choses se passent bien dans les centres car elle pense que s’il y avait un problème, un accident par exemple, ce serait elle qui assumerait seule la responsabilité. Mais ce n’est pas le cas car l’association peut aussi être appelée à répondre devant la justice et les autorités. Le ou la président-e d’une association de centre risque beaucoup. »

Le Quart’Île à Vernier, dont elle est membre du comité,  reçoit des subventions des communes pour son fonctionnement et la mise en œuvre de ses activités. « Ces subventions sont confiées à des bénévoles. Cette responsabilité est une marque de confiance qui les valorise, qui les motive », insiste Anna. Les membres de comité ont à cœur de bien gérer ces fonds : ils dépensent avec parcimonie, en faisant attention et en ayant conscience qu’ils gèrent de l’argent public.

Cette confiance va de pair avec une certaine liberté d’action. Or celle-ci se restreint. D’une part, la société évolue : le besoin absolu de risque zéro impose aux structures de « blinder » la sécurité des activités. « C’est une évolution sociale que les politiques et la FASe ne contrôlent pas mais qui les pousse à imposer des choses, explique Anna. En voulant se protéger « à travers les coordinateurs et coordinatrices région », la FASe risque de décourager les bénévoles et entraîner un désinvestissement. Anna le dit sans détour : « Pour monter des projets, il faut avoir les moyens et la liberté de le faire. Il faut une conception de l’ASC qui donne cette liberté ».

Le recrutement des équipes d’animation est l’espace de convergence de la responsabilité et de la confiance : c’est parce que les comités sont les employeurs au quotidien sur le terrain que ce sont eux qui choisissent les équipes avec lesquelles ils veulent travailler. « On nous a confié ce rôle au niveau politique, c’est courageux et c’est une responsabilité importante pour le bon fonctionnement du centre », conclut-elle. « Mais si un jour ce rôle est remis en question, les comités n’auront plus le même rapport avec les équipes ni la capacité de fixer la direction. Ce sera une forme de dystopie ».

La relation avec la FASe

Didier Roulet retient trois citations en page 20 qui abordent toutes la relation, le rapport de force entre l’associatif et la FASe, voire l’interventionnisme de celle-ci.

Dans la continuité de ces citations, Didier Roulet évoque les discussions à la dernière AG de la FCLR, le 5 décembre, sur la Convention collective de travail (CCT) et le cahier des charges des coordinateurs et coordinatrices région de la FASe, sujets qui ont ravivé le débat sur la question du lien hiérarchique, dont ni les équipes d’animation ni les comités ne veulent.

« Pourquoi suis-je dans un comité ? », s’interroge-t-il. « Je n’ai pas de projet particulier mais je trouve mon compte dans la rencontre avec des personnes avec qui je m’entends bien et avec lesquelles j’aime passer du temps. »

Après voir consacré 15 ans à la présidence de la MQ Chausse-Coq, Didier siège encore au comité de l’association dont il est trésorier. Il est aussi membre du comité de la FCLR et il siège à la Coordination centre ville (CCV) de Genève, ainsi qu’au conseil de fondation de la FASe. Cette année, pour la première fois, il s’est « amusé » à noter ses heures : environ 300… depuis début 2019. « Chez les bénévoles, je vois beaucoup de cheveux gris. Où sont les jeunes ? Je comprends qu’ils et elles se sentent moins concerné.e.s car l’ASC s’est beaucoup complexifiée. On doit rendre des comptes, personne ne le conteste, mais le ‘qui paie commande’, ça ne marche pas comme ça. »

Pour autant, « la relève est essentielle. Les équipes et les comités ont bien conscience de la quantité de travail bénévole et de sa valeur. Mais au-delà ? » s’interroge-t-il. L’ASC manque de visibilité auprès des élu.e.s mais aussi auprès des habitant.e.s des quartiers… Selon lui, il est essentiel que les animatrices et animateurs soient affecté.e.s à un centre, celui qui les a choisi.e.s lors de leur engagement, et pas déplaçables ici ou là pour répondre à un « besoin » décrété par une hiérarchie qui n’est pas sur le terrain. Le terrain est représenté par le comité, qui est donc l’organe le mieux à même de savoir quelles sont les actions les plus pertinentes à mener, et qui confie à l’équipe des professionnel.le.s du centre la mission de les accomplir. « Parmi ces missions », conclut-il, « il y a celle qui devrait être en permanence en ‘tâche de fond’ et qui consiste à constamment rechercher d’éventuel.le.s futur.e.s membres de comité, afin d’en assurer le renouvellement. Cela nécessite de bien connaître la population du quartier, de tisser avec elle des liens sur la durée. Ensuite la confiance est réciproque et l’on évite ainsi bien des problèmes ».

Le rôle de la FCLR

La question du bénévolat interpelle aussi Dominique Blanc, notamment sur les raisons pour lesquelles les bénévoles peuvent vite se sentir débordé.e.s par l’ampleur de la tâche. Le manque de soutien et d’outils est un enjeu. Les équipes jouent un rôle : « quand on débarque en tant que membre de comité, on ne connaît rien », se souvient-il. « Chez nous, à la MQ de Thônex, c’est l’équipe qui s’est occupée de nous organiser une rencontre avec Claude Bodmer de la FCLR pour briefer les nouvelles et nouveaux membres de comité. »

Les résultats du sondage sur les contacts avec la FCLR (page 22) – notamment le fait que 44 % des participant.e.s n’ont pas de contact avec les coordinateurs et coordinatrice de FCLR – l’ont donc interpellé.

« Ce n’est pas une surprise. C’est une confirmation de ce que l’on pouvait pressentir. De plus, on ne peut pas plaire à tout le monde », dit-il. « Mais il y a un hiatus entre le plébiscite pour l’associatif et la distance avec la FCLR qui en défend les intérêts. » Selon lui, il y a les personnes qui ne veulent pas avoir de relations avec la FCLR parce qu’elles n’en voient pas l’intérêt, ou parce qu’elles ont peut-être eu une mauvaise expérience. Mais il y a aussi celles qui méconnaissent son rôle et le soutien qu’elle peut apporter, et encore celles qui ont d’autres priorités. Car participer aux activités de la FCLR demande un investissement en temps. « Il faut veiller à raccrocher les wagons et pour cela il faut donner envie aux gens de s’investir. ».

C’est aussi cet enjeu-là qu’a retenu Pascal Thurnherr à la lecture des pages 26-27.

« Les réponses recueillies dans l’étude vont dans le sens que ce que la nouvelle équipe au comité de la FCLR [arrivée en 2018] a bien perçu », explique Pascal. « Les AG trop longues, la parole mobilisée par certains, etc. avec pour principale conséquence la désaffiliation et une fréquentation en baisse des AG ces dernières années. » Des mesures ont depuis été prises pour infléchir cette image mais cela prend du temps. « C’est pourquoi je ne suis pas étonné de ces résultats et nous devons continuer à creuser ce sillon-là : des AG plus démocratiques et plus ouvertes à la parole » ajoute-t-il. Pour cela, un travail d’explication des enjeux doit être mené en amont.

Signal réjouissant : la dernière AG du 5 décembre a réuni le quorum et les discussions qui portaient sur un sujet très épineux de la CCT (la fonction hiérarchique des coordinations région de la FASe) ont été riches. « Il y a trois ans », rappelle Pascal, « l’AG que nous avions eue sur ce sujet avait duré des heures sans aboutir à rien. Cette fois, le débat a été vif mais serein et courtois, et il a abouti à un vote clair. »

La dynamique a changé mais cela reste encore fragile comme le rapport le montre. « Il faut donc continuer dans cette direction sans se relâcher » ajoute Pascal qui évoque Discourse, la plateforme de participation et de débat mise en place par la FCLR, et qui doit encore être améliorée. « Toutes les pistes d’action mentionnées dans le rapport me parlent, à la fois en tant que président de la FCLR, membre du Conseil de Fondation de la FASe et co-président de la MQ des Acacias. »

Ainsi la question de la coresponsabilité serait à aborder centre par centre. En tant que président de la FCLR, le rôle de la « Fédé » serait de travailler avec chaque comité et de les soutenir sur cet enjeu-là. En tant que co-président de la MQ des Acacias, son rôle serait de partager l’expérience de ce qui a été mis en place dans son centre.

Revenant sur la piste d’action qui concerne plus particulièrement la FCLR (page 29), Pascal confirme que la FCLR veut être plus proactive auprès des comités de centre, notamment ceux qui ne viennent pas aux AG et avec lesquels elle n’a pas de contact.

« Le rapport montre à chaque page les espaces où la FCLR pourrait faire mieux. Mais ce travail de fond passe après les urgences et nous ne réussissons pas à le faire », analyse-t-il. « Comment faire mieux et plus sans avoir plus de moyens ? Il est évident que la FCLR a besoin à court terme d’un poste de coordination supplémentaire pour pouvoir poursuivre sa mission auprès des associations de centres. » D’autant que le périmètre à couvrir est large et que les besoins vont encore s’intensifier avec l’émergence de nouveaux quartiers. Là-aussi, Pascal est convaincu que la FCLR a un rôle fondamental à jouer, mais qu’elle va devoir se battre pour pouvoir le jouer : « nous allons devoir aller au-devant des communes pour rappeler la nécessité d’ouvrir des espaces pour la mobilisation citoyenne. La FCLR doit soutenir l’émergence de nouvelles associations pour que les futurs centres d’animation socioculturelle ne soient pas désincarnés mais au contraire bien connectés aux quartiers qu’ils serviront. »

« La FCLR a un rôle à jouer pour préserver le sens et les valeurs de l’ASC. L’étude-action fournit à la ‘fédé’ et à ses membres un état des lieux et des pistes d’action utiles, et cela pour plusieurs années », conclut-il.

  • Ce florilège vous a donné envie de découvrir les synthèses et résultats de l’étude-action ? Le rapport est en ligne ici
  • Pas encore tout à fait convaincu.e ? Lisez les 7 (bonnes) raisons de télécharger le rapport :

7 (bonnes) raisons de lire l’étude-action sur l’apport de l’engagement associatif dans les centres d’animation socioculturelle

  • Lire les citations : elles sont concrètes et parlent plus qu’un texte général. Elles donnent du réalisme au rapport.
  • Pour les nouvelles et nouveaux membres de comité mais aussi les responsables : mieux comprendre le contexte de l’ASC, l’importance de l’associatif, le fonctionnement des centres, les rôles respectifs des comités et des équipes, le rôle de la FCLR, celui de la FASe, etc.
  • Découvrir les fonctionnements des autres centres et enrichir le regard qu’on porte sur le sien.
  • Comprendre qu’entre équipes et comités il y a des différences d’appréciations et que chacun doit veiller à entendre l’autre pour que le centre fonctionne bien.
  • Comprendre/se souvenir que l’animation est aussi un travail administratif pour monter les activités et que les animateurs et animatrices ne peuvent pas passer tout leur temps sur le terrain.
  • Comprendre que les associations de centre ne sont pas des associations comme les autres.
  • Se rassurer en voyant que les sentiments sur les difficultés actuelles sont partagés par beaucoup.

Place aux enfants à Plainpalais : Un Terrain d’aventures éphémère a enchanté la plaine pendant l’été

© Collectif InteRob                                           Lettre de la Fédération no 16 – octobre 2019

Du 15 juillet au 9 août dernier, une oasis de convivialité et d’aventures a émergé au milieu du « désert » de Plainpalais. Organisé à l’initiative du Collectif InteRob qui rassemble les animateur.trice.s des Jardins Robinson et Terrains d’aventures de Genève et Lausanne, cet espace de loisirs et d’expérimentation éphémère a rencontré un beau succès auprès des 6-12 ans, de leurs parents et plus largement des habitant.e.s du quartier.

Comment ce projet a-t-il vu le jour ? Quels étaient ses objectifs et quel en est le bilan ? Nous avons contacté Claudia Garcia, animatrice socioculturelle du Jardin Robinson d’Onex, l’une des deux coordinatrices du projet. Interview.

 

Comment est née l’idée de ce terrain éphémère ?

Le projet a été imaginé par le Collectif InteRob. Tous les deux à trois mois, nous nous réunissons entre professionnel.le.s des neuf Terrains d’aventures et Jardins Robinson de Genève et du Terrain d’aventures de Lausanne pour échanger sur nos pratiques. Dans la capitale vaudoise justement, nos collègues organisent depuis plus de 10 ans « Le Tunnel rêve de vert », un projet qui transforme la place du Tunnel en parc de quartier pendant la période estivale. La place [ndlr : qui le reste de l’année sert de parking] est aménagée pour devenir un lieu de rencontre et d’accueil ouvert au tout public. Occuper un espace nu en pleine ville et proposer gratuitement un accueil libre aux enfants, ce projet nous semblait pertinent aussi pour Genève. Nous avons posé les premières réflexions en avril 2015 et le projet « La Place aux Enfants » a vu le jour cet été.

Quels étaient les objectifs ? Pourquoi avoir choisi la plaine de Plainpalais ?

Nous voulions offrir à des enfants qui ne partent pas en vacances un espace de liberté et de jeu gratuit en plein cœur de la ville. Dans ce lieu encadré par une équipe d’animation professionnelle, nous voulions qu’ils puissent expérimenter et exprimer leur créativité, à travers les valeurs de l’accueil libre. Nous espérions aussi toucher les parents et habitant.e.s du quartier en organisant un repas canadien les vendredis soirs.

Nous avons choisi Plainpalais parce c’est un lieu central à Genève. Il est facilement accessible, il est connu et visible, et en plus, il est vierge ! La philosophie du projet, c’était de partir de rien pour faire émerger quelque chose et répondre aux besoins des habitant.e.s. Sur le principe, la Ville de Genève était d’accord. Mais elle s’est inquiétée de la chaleur et du manque d’ombre sur la plaine, et nous a proposé de développer le projet au parc des Bastions. Toutefois, il nous semblait que notre projet perdrait du sens aux Bastions : nous voulions vraiment partir de rien et toucher une population issue de la classe moyenne. Nous avons préféré Plainpalais.

Nous avons pris contact avec les centres et acteurs du quartier (FASe, les MQ des Acacias, de Plainpalais, de Chausse-Coq et de la Jonction, le skatepark, etc.) pour développer les réseaux, connaître l’offre d’animation et identifier les vides à combler. Nous avons ainsi constaté qu’à cette période de l’année, il y avait moins d’accueil car la plupart des centres sont fermés, et par ailleurs, que la plaine n’offrait aucune infrastructure pour les 6-12 ans.

Comment vous êtes-vous organisé.e.s au sein du collectif pour monter ce terrain d’aventures éphémère ?

De l’idée à l’ouverture du terrain éphémère, il nous a fallu quatre ans pour concrétiser le projet. Cela peut paraître long mais nous avons pris le temps de visiter l’expérience de Lausanne et nous avons monté le projet en parallèle de nos activités dans nos centres respectifs.

Un groupe de travail de quatre personnes s’est formé en 2015 pour discuter et définir le projet. Ensuite, nous l’avons présenté à la FASe et avons soumis une demande de financement au Fonds FACS en mai 2018. Nous avons reçu une réponse positive en août 2018.

Fin septembre 2018, nous avons mis en place une coordination que nous avons assurée à deux avec Muriel Waelti-Mehinto (animatrice au Terrain d’aventures de Lancy-Voirets) pour concrétiser le projet et le lancer.

Quelles activités ont été proposées sur la plaine ?

Au Terrain d’aventures éphémère, les enfants ont pu construire des cabanes, s’initier à la danse ou à l’impro, jouer au foot ou à des jeux de société. Nous avions aussi du matériel de créativité pour faire de la peinture, du modelage, des sculptures en papier mâché, etc. Tous les jours, nous leur avons offert le goûter.

Les parents n’étaient pas en reste car nous leur avions aménagé un coin détente où se poser pendant que leurs enfants jouaient. Au fur et à mesure, le terrain est devenu un « accueil libre famille » ! C’est très intéressant et les retours sont très positifs.

© Collectif InteRob

De quels soutiens avez-vous bénéficié ?

Le Fonds FACS a couvert les 240 heures de coordination, ainsi que les heures de technicien, de secrétaire-comptable, de moniteur.trice.s (entre 8 et 9) et de deux animateur.trice.s. Nous avons aussi reçu des fonds privés.

Du côté des centres, on nous a prêté du matériel et du mobilier, et la Ville de Genève nous a permis d’utiliser le terrain gratuitement. Nous avons aussi travaillé avec plusieurs de ses services. Par exemple, la Voirie et le service des espaces verts ont fourni l’eau et l’électricité et ont installé des containers ouverts sur la plaine pour que nous ayons de l’ombre.

La FASe nous a également donné un coup de main pour la communication en diffusant l’information dans les médias.

Quels défis avez-vous rencontrés pendant la saison ?

La météo ! Il a fait très chaud… Nous avons dû adapter les activités à la canicule et au vent. Pour lutter contre la chaleur, nous avons aménagé en cours de saison une piscine de bottes de paille et proposé des jeux d’eau.

Nous nous sommes également rendu compte que la plaine n’est pas aussi accessible que cela, à cause du trafic routier tout autour.

© Collectif InteRob

Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

Positif ! Toute l’équipe du projet est enthousiaste et veut renouveler le projet l’année prochaine. Et à Plainpalais ! Nous avons amené une réelle innovation au cœur de l’été genevois : nous sommes parti.e.s d’une page blanche sur un terrain nu pour offrir pendant un mois une animation gratuite, sans autre contrainte que celle du respect de l’autre et du lieu. Nous avons créé en pleine ville un lieu hors du temps, un espace de jeu et de découvertes pour les enfants et de tranquillité pour les parents.

La fréquentation a été bonne : entre 35 et 65 enfants par jour (sauf pendant la semaine de canicule), principalement issus de la population que nous visions, c’est à dire les enfants et parents du quartier, avec même un groupe d’ « habitué.e.s ». Mais nous avons aussi accueilli des touristes qui s’arrêtaient entre deux visites et des enfants venus d’autres quartiers, de Carouge et d’autres communes.

Mais bien sûr, il y aurait des choses à renforcer. Par exemple, il faudrait améliorer l’infrastructure en ajoutant des plantes et de la verdure. Nous devons aussi communiquer plus et mieux pour être plus visible et installer le projet dans la durée et le paysage genevois. Si nous voulons rester à Plainpalais, c’est aussi pour cela : pour que la Place aux Enfants soit identifiée à la plaine. Pour cela, il faudrait que nous fassions un affichage dans le quartier, une information dans les écoles avant les vacances, etc.

Et du côté des partenariats ?

Cette première édition a montré la pertinence du projet. Ce bilan devrait nous permettre de renforcer les partenariats, en particulier avec la Ville de Genève. Nous pensons aussi à des acteurs comme l’Hépia et Urbanature pour repenser l’architecture et l’aménagement paysagers du terrain d’aventures éphémère…

A suivre pour une deuxième édition en 2020 ?

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Le Collectif InteRob et l’accueil libre en bref

InteRob regroupe une dizaine de lieux qui pratiquent l’accueil libre pour les enfants sur les cantons de Genève et Vaud. Ces lieux sont rattachés à la Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle (FASe) et à la Fondation pour l’animation socioculturelle lausannoise (FASL).

« L’accueil libre est une forme d’accueil qui se déroule dans un cadre défini et modulable, dont les professionnels sont les garants, et dans lequel les enfants et (ou) adolescents peuvent venir faire l’expérience de la liberté. Ces derniers ont la possibilité de s’approprier leur temps libre. Ils peuvent en effet choisir à quel moment ils arrivent, quand ils repartent, ce qu’ils vont faire, avec qui et comment. […]

L’accueil libre permet l’apprentissage de la vie en collectivité. »

(Extrait de L’Accueil Libre en Terrains d’Aventures et Jardins Robinson – Une pratique à (re)découvrir)

Projets associatifs : N’ayez pas peur de rêver !

© La Carambole                                            Lettre de la Fédération no 16 – octobre 2019

Habitant.e.s, jeunes, associations et acteurs des quartiers fourmillent d’idées d’actions pour rassembler, intégrer, créer, s’amuser, bouger ou fêter. Mais combien de projets voient finalement le jour ? Combien de ces élans du génie humain se traduisent en actes ? Au-delà de la puissance de l’imagination, du don de soi et de la motivation, le chemin de l’idée à sa réalisation est pavé d’embûches. Parmi les obstacles qui séparent l’impossible du possible, surgit souvent la question des moyens financiers.

Les fonds FASe peuvent offrir un relais. Passons en revue les expériences inspirées et inspirantes menées au Jardin Robinson d’Onex, à la Maison Vaudagne, à la Maison de quartier Asters-Servette, à Pré en bulle et à la Carambole.

Les programmes d’activités des centres de loisirs et de rencontres sont financés d’année en année par les budgets de fonctionnement que leur octroient les communes. Mais ces budgets ne sont pas toujours suffisants, en particulier quand les centres veulent élargir leurs activités ou en développer de nouvelles. « Une fois les activités annuelles et les frais de fonctionnement déduits, il est difficile de dégager de l’argent pour monter des projets particuliers », explique Miguel Sanchez, animateur à la Carambole. « On doit trouver d’autres sources de financement pour organiser une sortie, un camp, etc. ».

Des ateliers créatifs appelés “Vivre ensemble” pour favoriser les liens entre habitant.e.s du quartier et migrant.e.s aux Créateliers, une monstrueuse parade organisée pendant le festival Antigel, la restauration d’un triporteur Vespa par des jeunes à l’ATB … Notre Lettre d’information a régulièrement relayé des projets qui ont bénéficié de soutiens financiers autres que les budgets de fonctionnement des centres qui les ont portés. FACS, FINC, Alimentation et Mouvement, Ados-Été… Derrière ces noms et acronymes, quatre fonds créés ces dernières années par le Conseil de fondation de la FASe, et autant de portes que les associations de centres et les TSHM peuvent pousser pour initier de nouvelles activités ou toucher de nouveaux publics. Un cinquième, le PRISM, vient tout juste de voir le jour. Chaque fonds a son propre règlement, ses objectifs et sa population cible (cf. encadré ci-dessous). Des centres les sollicitent régulièrement. Mais peu par rapport aux nombres de projets soumis par les TSHM.

 

Donner l’impulsion

Inclusion d’enfants à besoins éducatifs particuliers et en situation de handicap au Jardin Robinson d’Onex

Pour inclure de nouveaux publics, et notamment accueillir des enfants à besoins éducatifs particuliers ou en situation de handicap, les centres peuvent faire appel au FINC. Ce fonds leur permet de financer les heures des moniteur.trice.s spécialisé.e.s (entre autre via Cap Loisirs) qui accompagnent chaque enfant individuellement dans les activités. Depuis 2014, le Jardin Robinson d’Onex a intégré six enfants à besoins spécifiques dans son accueil du mercredi. Pour obtenir ce financement, il dépose une demande en mai chaque année en fonction des besoins et demandes des parents. Cette année, le centre en accueille deux. Selon la FASe, « ces moments ne sont jamais à sens unique, les enfants s’apportent beaucoup l’un l’autre, qu’ils nécessitent des besoins éducatifs particuliers ou qu’ils soient en situation de handicap ou non »[1].  « L’inclusion de ces enfants dans les activités est très importante », confirme Claudia Garcia, animatrice au JR.

« Intégration d’enfants migrants en maison de quartier » aux Asters-Servette et Pré en bulle

L’accompagnement d’enfants à besoins éducatifs particuliers, Christel Moretto connaît bien. Monitrice pendant de nombreuses années à Cap Loisirs, elle est intervenue dans plusieurs centres à ce titre, dont la maison de quartier Asters-Servette. Engagée, elle a aussi travaillé bénévolement au foyer pour requérant.e.s du Petit-Saconnex où elle s’occupait d’enfants migrants pendant que leurs parents suivaient des cours de français. Marquée par les conditions de vie difficiles dans lesquelles ces enfants vivent au quotidien, elle a monté en consultation avec des animateur.trice.s de la maison de quartier Asters-Servette et de Pré en bulle un projet visant à intégrer plusieurs enfants vivant au foyer dans les activités de ces deux centres. Ces derniers ont très bien accueilli le projet. La réponse du foyer a été plus réticente : Christel Moretto a dû convaincre, et cela d’autant plus qu’elle y intervenait en tant que bénévole, « sans légitimité ».

Finalement, le projet a démarré grâce au soutien des deux centres, de la FASe, du Bureau d’intégration des étrangers (BIE) et de l’Hospice général, et à un financement du FACS. Pré en bulle a intégré dès juillet 2017 sept enfants de 5 à 12 ans du foyer pendant l’été. Puis en septembre, la MQ Asters-Servette a commencé à accueillir à l’année des enfants de 5-8 ans dans ses activités du mercredi.

Concrètement, Christel va chercher les enfants au foyer le matin pour les amener à la maison de quartier. Cette année, chaque mercredi, ce sont huit enfants migrants qui sortent ainsi de l’ambiance du foyer, et font l’expérience de la vie d’une maison de quartier, comme leurs copains d’école. À travers les enfants, le projet vise aussi à toucher les parents qui viennent les chercher en fin de journée : ils rencontrent ainsi d’autres parents, prennent des informations sur les activités du centre, etc.

« Sans le FACS, le projet n’aurait pas été possible, car les deux centres n’ont pas les moyens de l’intégrer à leurs budgets », explique Christel Moretto. Le financement FACS couvre son salaire (travail de terrain, préparation, coordination) ainsi que les frais d’inscription des enfants aux activités des centres. De son côté, elle a dû passer son CFC d’assistante socio-éducative pour pouvoir assurer le travail de réseau nécessaire au montage du projet.

« Quartier libre » à Meyrin

Aussi bénéficiaire d’un financement FACS, la Maison Vaudagne a lancé en mars dernier « Quartier libre », un nouveau projet d’animation hors les murs dans un quartier sensible de Meyrin, un besoin identifié à la fois par le centre et la commune. Objectif : aller à la rencontre des enfants « qui traînent » en bas des immeubles, leur proposer un accueil libre gratuit trois après-midis par semaine et améliorer la qualité de vie et la cohésion sociale dans le quartier. À travers les jeux, le goûter, les activités artistiques et créatives ou encore des intervenant.e.s extérieur.e.s, « il s’agit de créer des ponts avec les habitant.e.s du quartier qui passent à travers les mailles du filet des activités associatives ou de l’offre culturelle de la ville, et de leur donner la parole », explique Marie-Laure Pinatel, l’animatrice qui a développé le projet et initié la demande au FACS.

Le fonds a permis au centre de lancer le projet en disposant d’un financement à la hauteur de ses ambitions, et des outils adéquats pour le mettre en œuvre (matériel d’animation, prise en charge des intervenant.e.s et du goûter). De plus, un triporteur en cours d’aménagement sera livré au printemps prochain. En attendant, c’est le minibus de la Maison Vaudagne qui achemine l’équipe et le matériel dans les trois sites de cet accueil hors murs. En moyenne 30 enfants de 3 à 14 ans, mais parfois jusqu’à 70, se pressent chaque après-midi. Les parents ne sont pas encore au rendez-vous mais le projet en est à ses débuts : « il faut laisser le temps au bouche-à-oreille de faire son œuvre pour que les gens sachent que le projet n’est pas juste ‘occupationnel’ mais un espace pour eux aussi », nous confie Marie-Laure Pinatel.

© Maison Vaudagne

Projets Ados-Été à la Carambole et avec les requérant.e.s mineur.e.s non accompagné.e.s (RMNA)

À la Carambole, les projets financés par le fonds Ados-Été se sont succédés depuis 2014 et n’ont cessé d’évoluer et de se réinventer au gré des envies des jeunes aidé.e.s par l’équipe d’animation. Certes « le délai est parfois court entre le moment où on reçoit la réponse du Fonds [en mai] et le lancement du projet », indique Miguel Sanchez, animateur à la Carambole. « Mais ce financement permet de rendre les projets plus attractifs pour les jeunes. »

Les deux premiers (« Vernier sur Skate » en 2014 et 2015 et « Lignon sur Skate » en 2016) faisaient la part belle au skateboard et autres sports de glisse incluant cours, concours, concerts, etc.

© La Carambole  

« Carambole Beach » a pris le relais en 2017 et 2018 avec l’objectif de sortir les jeunes du centre en été en les amenant à la découverte du nouveau terrain multisports du quartier, en les incitant à l’utiliser et à avoir des activités à l’extérieur. Le terrain a été agrémenté de chaises longues, des grillades y ont été organisées… En 2018, la coupe du monde de football a donné l’occasion d’ajouter un écran géant et d’autres animations.

© La Carambole  

En 2019, le centre a proposé aux jeunes un tout autre concept : un camp d’été à la découverte d’une région de Suisse romande. Dans ce quartier dont les jeunes, souvent d’origine étrangère, sortent peu, cette perspective a rencontré l’enthousiasme. Le projet s’est concrétisé en Valais. Il visait à mêler activités de plein air (montagne, canyoning, trek) et connaissance de l’histoire et de la culture suisses. Le financement a couvert les heures de moniteur.trice.s et les frais d’organisation du camp (transports, hébergement, visites, etc.).

Un projet similaire sera probablement imaginé en 2020, dans une autre région de Suisse.

Christel Moretto est aussi à l’origine d’un projet Ados-Été mené avec la Maison de quartier des Libellules au bénéfice de requérant.e.s mineur.e.s non accompagné.e.s (RMNA). Le projet qui s’est déroulé à l’été 2019 a permis à 27 d’entre elles et eux d’être embauchée.s comme aides-moniteur.trice.s dans 11 centres et maisons de quartier. Le fonds Ados-Été a couvert son salaire pour la coordination et le suivi du projet avec les jeunes et les centres, ainsi que la rémunération des jeunes. Le bilan est en cours de réalisation mais selon Christel, « les 11 centres impliqués ont tous jugé l’expérience positive » et plusieurs RMNA sont aujourd’hui engagés dans des centres comme petits jobs ou même moniteur.trice.s.

 

« Sortir de la routine »

Les témoignages des animateurs et animatrices qui ont mis en œuvre ces projets avec ces fonds sont unanimes : ces financements sont « un plus » dans leur travail.

« C’est agréable de se dire qu’on peut sortir de la routine. Ces fonds nous permettent d’imaginer et d’innover », assure Claudia Garcia du Jardin Robinson d’Onex. Et « de stimuler la créativité des animateur.trice.s », ajoute Miguel Sanchez de la Carambole. Ces fonds les « autorisent » à une certaine prise de risque.

Marie-Laure Pinatel et Miguel Sanchez s’accordent aussi sur le fait que ces fonds (FACS, Ados-Été) donnent aux centres le temps de tester un projet ou une activité « sans sacrifier les activités habituelles ».

Les centres qui en bénéficient doivent naturellement rendre compte sur les fonds reçus en fournissant un bilan du projet réalisé et des objectifs atteints selon les critères d’évaluation qui ont été fixés dans le document de projet. Mais cette contrepartie – normale – en vaut la chandelle et chacun.e y trouve son compte : centre, bénéficiaires, FASe, donateur, et au final la société que ces projets contribuent à pacifier.

 

Mais après ?

Une fois le financement terminé, que se passe-t-il ?

Certains projets s’éteignent d’eux-mêmes. Ils ont fonctionné le temps du financement, puis ils s’étiolent, montrant ainsi qu’ils n’avaient pas vocation à perdurer.

C’est le cas d’un projet « Activités multisports » que la Carambole a développé en 2017-2018 en collaboration avec le Jardin Robinson du Lignon et avec le soutien du fonds Alimentation et Mouvement. Ce projet mettait à disposition des jeunes des salles de sports sous la supervision de moniteur.trice.s pour leur permettre de s’initier en toute sécurité à d’autres sports que le foot. Le projet incluait aussi un goûter équilibré pour les sensibiliser à une alimentation saine après le sport. Au fil des deux ans, les jeunes du projet ont grandi. Quelques-uns sont partis, entraînant petit à petit les autres.

Cela n’enlève rien à la pertinence du projet au démarrage. Mais en se détournant progressivement de l’activité, le public cible, en l’occurrence les jeunes, vient simplement dire aux initiateur.trice.s qu’il est temps de passer à autre chose. Le centre a donc décidé de ne pas poursuivre le projet sous cette forme. Une salle de sport reste à disposition des jeunes pour le foot et un goûter plus simple leur est toujours offert, mais sur le budget du centre.

La durée maximale des financements du fonds Ados-Été – deux ans – n’est sans doute pas étrangère aux spécificités du public adolescent, par définition volatil.

Du côté du Jardin Robinson d’Onex, un projet d’animation itinérante lancé en 2015 pour toucher les enfants du quartier qui ne viennent pas au centre a été financé pendant trois ans par le FACS. Ce qui lui a notamment permis d’acquérir un triporteur et de valider la pertinence de ce format d’animation. Pour la poursuivre après le FACS, l’équipe a donc réorganisé ses horaires de manière à ce que l’activité puisse s’intégrer au budget de fonctionnement du JR, sans l’augmenter.

© Jardin Robinson Onex

À la Maison Vaudagne, Marie-Laure Pinatel anticipe et réfléchit déjà à la manière dont le projet « Quartier libre » pourrait se poursuivre au-delà des trois ans du financement FACS.

La Carambole pourrait aussi envisager de pérenniser le projet Ados-Été de découvertes des régions de Suisse s’il rencontre le même succès l’année prochaine. Il pourrait par exemple entrer dans le budget de fonctionnement du centre, ou être soutenu via le contrat de quartier.

L’intégration des migrants en MQ à la croisée des chemins

Du côté du projet « Intégration des enfants migrants en maison de quartier » aux Asters-Servette et Pré en bulle, le financement accordé par le FACS prendra fin en juin 2020. Le minutieux travail de réseau et de mise en place a porté ses fruits : les enfants prennent une respiration hors du foyer de requérants dans lequel ils vivent, ils approfondissent le français dans un cadre plus ludique que l’école, ils s’épanouissent un peu plus. Leurs familles s’intègrent autrement, quel que soit leur statut. D’autres attendent de vivre cette expérience à leur tour. Mais, tandis que le projet a fait la preuve de sa pertinence, qu’il est aujourd’hui pleinement reconnu par les différents acteurs impliqués dans le foyer, se pose la question de sa pérennisation.

Cécile Caminada, animatrice à la MQ Asters-Servette, et Christel Moretto ont récemment rencontré la FASe pour discuter des options qui pourraient être activées pour prendre le relais du FACS et ainsi assurer la poursuite du projet. Avec le soutien de la FASe, des contacts vont être pris avec la commune et d’autres institutions. Mais pour l’heure, rien n’est sûr. « Ce projet est un outil de travail qui nous permet de toucher les familles de migrant.e.s à travers les enfants. Si nous ne trouvons pas de financement, tout cela sera perdu », s’inquiète Cécile Caminada.

Rendre les possibles durables

Les fonds créés par la FASe sont utiles et nécessaires. Ils ont permis à des équipes, des jeunes, des habitant.e.s de tester des idées et à bien des projets de voir le jour pour un mieux-vivre ensemble.

Ils sont donc un encouragement pour toutes les associations de centres qui ont envie d’innover dans leurs pratiques et dans la mise en œuvre de leur mission.

Plutôt qu’elles ne se censurent faute de moyens, ces fonds les invitent au contraire à rêver à ce qu’elles peuvent faire de plus, de mieux, autrement, avec d’autres publics, etc. À franchir le pas de l’impossible au possible.

Mais sans perdre de vue que ces fonds restent des passerelles temporaires, et qu’il faut penser aux moyens de rendre ces possibles durables… Une réflexion pour les centres, mais aussi pour la FASe et ses partenaires, et pour les communes.

[1] FASe, Rapport d’activités 2018, p. 29

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Les fonds disponibles en bref

FACS : fonds d’appui à la mise en œuvre de la politique de cohésion sociale en milieu urbain, créé en 2013. Soutien au développement de projets innovants qui s’appuient sur une démarche participative et répondent aux besoins des communes et quartiers cumulant plusieurs facteurs de précarité selon les critères du Centre d’analyse territoriale des inégalités de Genève – CATI-GE.

FINC : fonds pour l’inclusion, créé en 2016. Prise en charge financière d’un accompagnement professionnel durant des actions FASe d’enfants et de jeunes à besoins éducatifs particuliers ou en situation de handicap, en complément avec les partenaires spécialisés comme Cap Loisirs.

Alimentation et Mouvement : fonds créé en 2014. Soutien à des projets de promotion d’une alimentation saine et de l’activité physique chez les 6-10 ans.

Ados-Été : fonds créé en 2006. Soutien au développement de projets estivaux, spécifiques et innovants, pour les 13-18 ans.

PRISM, un nouveau fonds pour prévenir le racisme : le Bureau de l’intégration des étrangers (BIE) et la FASe vont prochainement proposer des aides pour cofinancer des projets annuels de prévention du racisme et des discriminations conduits par des centres FASe et des équipes hors murs pour la période allant de 2019 à 2021.

Objectifs du fonds : déconstruction des stéréotypes et mécanismes en jeu dans le cadre des différents types de racisme, notamment pour prévenir les discriminations anti-réfugié.e.s, anti-Noir.e.s, l’antisémitisme et l’hostilité envers les Musulman.e.s ou envers les Roms.

Ces aides viendront en complément des financements de la FASe, des communes ou d’autres parties prenantes. Le montant initial annuel du fonds s’élève à CHF 25’000 (CHF 5’000 maximum par projet).

Pour en savoir plus sur les règlements, délais et critères d’attribution de ces fonds, parlez-en avec les équipes d’animation dans vos centres.