Nous avons une nouvelle Convention collective de travail !

La fumée blanche a jailli le 18 décembre dernier, après d’âpres négociations. Cela faisait plus de 10 ans que l’ouvrage était sur le métier, et quelques mois que le processus s’était accéléré, avec une volonté affirmée d’aboutir de la part des quatre partenaires de la FASe. Aucun d’entre eux n’en est ressorti totalement satisfait, aucun non plus complètement frustré. Au même titre que les communes, le canton et la délégation « Personnel », la FCLR a obtenu des avancées, et a aussi fait des concessions. Et le fait que chacun considère le nouveau texte comme étant « assez satisfaisant », sans plus, est le signe d’un accord équilibré.

Pour la FCLR, l’exercice était particulièrement délicat, car il consistait pour nos représentants successifs à prendre place au sein de la délégation « employeur », aux côtés des partenaires subventionneurs que sont le canton et les communes, face à la délégation « Personnel ». Alors que la configuration habituelle, lorsqu’il y a une confrontation de points de vue au sein de la FASe, est de voir la FCLR se tenir aux côtés des employé.e.s.
Exercice délicat aussi parce que cette négociation d’une nouvelle CCT faisait converger à peu près tous les sujets sensibles : autonomie des associations, rôle d’employeur des comités, pouvoir des coordinatrices et coordinateurs région FASe, pouvoir du Secrétariat général de la FASe, relations entre la FCLR et les représentant·e·s du personnel…
Le résultat, à la lecture du texte, long et ardu, semble donc satisfaisant, à l’exception de quelques points qui font débat. Mais même une analyse approfondie de cette nouvelle CCT ne nous permet pas de tirer des conclusions sur les points potentiellement litigieux. Seule la mise en application de ce texte, au gré des événements, au fil des mois et des années à venir, nous dira si nous avons bien défendu les principes auxquels nous tenons, et qui donnent un sens à l’engagement associatif.

Nous publions donc aujourd’hui une newsletter réalisée au tout début du printemps et que nous avions mise de côté pour privilégier un numéro spécial Covid-19.
L’épidémie ayant été contenue -espérons durablement- nous pouvons maintenant vous donner à lire ce numéro relatif à la nouvelle CCT du personnel de la FASe dont vous trouverez le texte en cliquant ici.
Bonne lecture !

Pascal Thurnherr
Président de la FCLR

« Nous nous sommes battu.e.s pour la dimension associative »

© Pixabay                                                 La Lettre de la Fédération no 19 – Juin 2020

A la table des négociations pour la révision de la CCT FASe, la délégation du partenaire Personnel comptait quatre personnes. Aux côtés de deux représentantes syndicales, Arianne Riesen, animatrice à la maison de quartier Chausse-Coq, a suivi les discussions depuis le début du processus. Elle a été rejointe quelques temps plus tard par Silvio Albino, animateur à la maison de quartier de la Jonction. Il et elle nous livre en dialogue leur lecture de ce dossier vieux de 10 ans…

Vous êtes délégué.e.s du Personnel FASe pour les négociations en vue de la révision de la CCT. Depuis quand ? A quel titre ? Comment avez-vous été « désigné.e.s » ?

Arianne Riesen (AR) Je suis déléguée syndicale du SIT (Syndicat interprofessionnel des travailleuses et travailleurs) depuis 2010. J’ai été élue par le personnel de la FASe syndiqué au SIT pour les représenter dans les négociations sur la CCT.

Silvio Albino (SA) Je suis délégué syndical du SSP-VPOD (Syndicat des services publics) depuis 2014. J’ai aussi été élu par mes collègues syndiqué.e.s. Nous avons été élu.e.s l’un et l’autre parce que nous avons une expérience du métier.

Pour le Personnel, et le terrain de l’ASC à Genève, quels étaient les enjeux de la révision de la CCT ? A la fois sur le fond et sur le déroulement des négociations ?

(AR) Sur le fond, les congés compensatoires étaient un des gros points.

(SA) C’est vrai, mais c’était un peu l’arbre qui cachait la forêt. Le vrai enjeu, c’était que beaucoup de personnes travaillaient au sein de l’institution sans cahier des charges parce qu’elles avaient été engagées à des fonctions non répertoriées dans la CCT. Le fait que les cahiers des charges soient inclus dans la CCT est une de ses spécificités. À l’époque, la CCT ne comptait que six ou sept fonctions [contre plus de 20 dans la nouvelle CCT]. Or, certaines des fonctions sans cahier des charges sont fondamentales, par exemple les coordinatrices et coordinateurs régions. De mon point de vue, il y avait une forme d’illégalité à ce que des personnes soient engagées sans cahier des charges. C’était également grave du point de vue du partenariat social entre la FASe et le personnel. Les autres enjeux étaient importants mais étaient plus techniques.

(AR) Sur le déroulement des négociations, et jusqu’au bout, je trouve que le partenariat social n’a pas été bien traité pendant le processus. Devoir travailler beaucoup sur ce dossier ne m’a jamais fait peur. Je devais échanger avec les collègues, bien comprendre les positions parce que je devais défendre une cause, un métier, un projet de société. Donner du temps pour cela ne m’a jamais posé de problème. Mais j’avais parfois l’impression qu’on se moquait de nous. On ne recevait pas tous les documents, ou pas à la bonne adresse, des séances étaient annulées à la dernière minute… Cet aspect-là était lourd.

(SA) De notre côté, nous ne voulions pas que les séances se passent pendant les heures d’animation car pour pouvoir défendre les conditions de travail, nous devions rester connecté.e.s au terrain. Il faut bien comprendre que chacune de ces séances avait un coût et il y en a eu beaucoup, qui duraient parfois longtemps (jusqu’à 6 heures à la fin). Quand on imagine le coût du processus, cela me posait problème et c’était très frustrant d’aller à ces réunions sans que les dossiers n’avancent.

Pouvez-vous rappeler le contexte de cette révision ?

(AR) Les renégociations se sont ouvertes en 2007. En 2010, comme les discussions avaient de la peine à aboutir, les délégations Personnel et Employeur ont signé un protocole d’accord sur plusieurs points et se sont engagées à tout mettre en œuvre pour qu’en juin 2010, le travail aboutisse à une nouvelle CCT.

A l’époque, les discussions étaient notamment centrées sur les congés compensatoires. Les délégations sont arrivées à un accord. Mais il n’est pas passé au Conseil de fondation et le partenaire Employeur a décidé unilatéralement de suspendre les négociations.

Cela coïncidait avec l’arrivée d’une nouvelle équipe au Secrétariat général de la FASe. La priorité a été mise sur la révision d’autres textes comme les statuts, le règlement interne, le projet institutionnel plutôt que sur la CCT. Il fallait d’ailleurs veiller à ce que ces textes ne soient pas en contradiction avec la CCT de l’époque. L’annexe « Procédure d’engagement » du règlement a notamment posé problème. On sentait bien à ce moment-là qu’il y avait une incompréhension sur ce qu’était le partenariat social.

(SA) C’est une différence majeure : le partenariat institutionnel avec ses quatre partenaires (trois « Employeurs » et nous « Personnel »), ce n’est pas la même chose que le partenariat social matérialisé par la CCT et dans lequel les syndicats interviennent. A l’époque, les responsables de la FASe n’étaient pas au clair de ce qu’était une CCT ni de cette dimension de partenariat social.

(AR) Donc, le Conseil de fondation a adopté un règlement comprenant une contradiction avec la CCT. Une commission paritaire a donc été convoquée. A ce moment-là, ils ont essayé de nous convaincre qu’il ne s’agissait que de détails. Nous avons dû nous accrocher pour rappeler l’enjeu du partenariat social et des nécessaires négociations entre partenaires sociaux. Elles ont repris mais comme elles avançaient difficilement, les parties ont décidé en 2015 de repartir sur un protocole d’accord. Fin 2015, on était finalement arrivé à des décisions sur le 90 % du texte. Restaient les congés compensatoires, les cahiers des charges et la procédure d’engagement. A ce stade, on s’est dit : « votons le texte et gardons les annexes pour plus tard ». Chaque délégation s’est engagée à faire voter son « camp » et nous avons été amené.e.s à croire que la validation finale du Conseil de fondation ne serait qu’une formalité. De notre côté, nous étions tranquilles parce que nous avions fait voter le personnel au fur et à mesure en AG sur tous les articles sur lesquels nous nous étions mis d’accord en négociation. Le Conseil de fondation devait voter, en fin d’année, juste pendant la grève de 2015. Finalement, il a refusé de rentrer en matière car il voulait voter l’ensemble (le texte et les annexes). Quand nous l’avons appris, ça a été une sacrée claque pour moi.

(SA) Du coup, ça a renforcé notre détermination. Nous avons renvoyé la délégation Employeur à ses responsabilités et lui avons dit : « Quand vous serez décidés à discuter sérieusement, vous nous recontacterez ». Il a fallu une année. Pendant ce temps-là, l’ancienne CCT restait valide. Pour nous, elle tenait à peu près debout. Mais comme la plupart des fonctions non listées étaient des fonctions au sein de la FASe, nous ne les reconnaissions pas.

Mais en tant que délégué.e.s du personnel FASe, vous deviez quand même représenter tout le monde ?

(SA) Absolument, et nous nous sommes toujours battu.e.s pour tout le personnel de la FASe, à l’exception du Secrétaire général dont la fonction ne dépend pas de la CCT. Et, dans les centres, pas seulement pour les animatrices et animateurs, mais aussi pour tou.te.s les autres employé.e.s.

(AR) En tant que professionnelle de terrain, ce qui m’importait, c’était de traduire les textes en faisant attention aux répercussions pour le terrain : défendre les conditions de travail et aussi l’animation socioculturelle, et veiller à ce que ce qui était décidé ne mette pas en péril l’action. Pour cela, il fallait absolument que tous les gens de terrain soient impliqués.

(SA) Oui, c’était très important. Car on a consenti des sacrifices par rapport à leur protection syndicale pour ne pas entamer les prérogatives des comités. Il y a des points que nous aurions pu faire sauter mais nous avons tenu mordicus pour préserver le sens de l’animation socioculturelle. Par exemple, la mention du lieu de travail qui figure dans nos contrats de travail. A l’époque où j’ai commencé à travailler, pour moi, je n’étais pas engagé par la FASe mais par le comité de la maison de quartier de la Jonction. Ma loyauté va en premier lieu à l’association pour laquelle je travaille. Le Secrétaire général nous a toujours fait remarquer que cet aspect du contrat est plutôt problématique en ce qui concerne la défense des droits du travailleur et de la travailleuse et il a raison. Mais ce qu’on défendait à travers cela était ailleurs : nous voulions préserver le lien intrinsèque entre le travail qu’on fait et la structure associative dans lequel on le fait, et hors de laquelle, selon nous, il n’y a pas d’animation socioculturelle. Pour des raisons de vision, nous renoncions donc à certains de nos droits parce nous défendions les prérogatives des associations et des comités.

(AR) C’était une position difficile à tenir pour nous : nos secrétaires syndicales [qui participaient aussi aux négociations] étaient « hallucinées ». Nous nous sommes battu.e.s pour la dimension associative car pour faire de l’animation socioculturelle, la meilleure structure, c’est l’association Nous nous battions pour un projet de société.

Comment avez-vous gardé les liens avec le personnel pendant la durée du processus ?

(AR) Il était essentiel de pouvoir compter sur le collectif. Nous avions besoin de la matière du terrain, c’est aussi là-dessus que s’est fondée notre légitimité dans les négociations. Nous avons donc toujours entretenu le lien avec le terrain, nous avons aussi beaucoup été à la disposition de nos collègues qui avaient besoin d’éclairage. Et puis, comme nous l’avons dit, nous faisions voter chaque article négocié en AG. Nous avons aussi gardé le lien avec la FCLR. C’était important de ne jamais être en opposition, mais au contraire d’être alliés, pour le bien des quartiers et des habitant.e.s. C’était étrange d’une certaine manière que notre allié naturel soit du côté de l’employeur mais c’est normal puisque les comités sont nos employeurs et nos partenaires particuliers.

Les négociations ont duré plus de 10 ans. Les enjeux ont-ils évolué avec le temps ? Si oui, dans quel sens ?

(SA)  Au fur et à mesure du temps, on avait le sentiment de se battre aussi pour freiner la centralisation, pour ne pas tuer la créativité des centres et de l’animation socioculturelle. D’après la loi J 6 11, la mission de la FASe est au service des centres. Or, on a l’impression que de plus en plus, ce sont les centres qui doivent soutenir le travail de la FASe, lui fournir de la matière. Pourtant, la MQ Jonction est un espace que la commune a confié à l’association de la MQ et pour lequel elle finance les trois quarts des coûts, fonctionnement et salaires inclus.

Finalement les partenaires sont parvenus à un accord et une nouvelle CCT a été adoptée. Le dossier est-il clos pour autant ?

(SA) Deux points posent problème. A commencer par la mise en application de l’article 18 sur les congés compensatoires. Elle va être compliquée entre équipes et comités. Jusqu’à maintenant, l’article 18 donnait trois semaines de congés compensatoires à toutes les personnes impliquées dans des activités d’animation avec des horaires arythmiques. Le principe était que les inconvénients liés à la profession méritaient compensations. On avait opté à l’époque pour un forfait (une semaine par quadrimestre). Puis, un fantasme s’est installé chez l’employeur selon lequel le personnel trichait, abusait de ces compensations. De plus, des tentatives pour « déforfaitiser » ces congés avaient rendu le système de plus en plus complexe. Un audit interne de l’État a relevé qu’il y avait des applications différentes selon les lieux ce qui posait un problème de différence de traitement entre les employé.e.s. Sur un plan syndical, cette situation était bien sûr inacceptable.

Quand les négociations ont repris sur ce point, l’enjeu pour l’employeur FASe était de faire tomber ce forfait. Pour nous, il s’agissait d’améliorer le système de forfait sans faire de l’épicerie. La FASe a d’abord proposé une compensation avec une majoration des heures, à hauteur de trois semaines maximum (au-delà, le personnel concerné aurait travaillé sans compensation). C’était bien entendu impensable. Notre position était très claire : si la compensation est plafonnée, le nombre d’heures hors horaire administratif exigibles des employé.e.s doit être également plafonné.

Après négociations, nous avons abouti au système suivant : une semaine forfaitaire pour ce qui n’est pas quantifiable (remplacements au pied levé, longues journées sans pause). Les deux autres (une par semestre maximum) sont octroyées en fonction du temps travaillé hors horaire administratif.

Mais dans les gros centres, ou ceux qui travaillent avec une population spécifique (les ados notamment), les gens travaillent principalement après 18h ou le week-end. Si les centres appliquent cet article 18 à la lettre, ils vont vite arriver au bout des plafonds et les équipes d’animation vont se retrouver coincées à devoir refuser de travailler. Les collègues ont de la peine à envisager de devoir dire non à leurs comités, ça va à l’encontre de leur êthos (au sens grec du terme : une disposition de l’âme, de l’esprit) professionnel, certain.e.s ont peur de se faire virer, sans parler de la crainte face à la réaction des publics à qui on dira que l’activité ne peut pas être réalisée.

Nous ne voulions pas faire échouer les négociations sur toute la CCT pour cet article. Mais en fait, on perd le sens du travail : l’animation est un boulot qui demande de l’engagement et cela mérite compensation. Au même titre que les personnels qui travaillent quand les autres sont en congés, comme ceux de la santé, etc.

(AR) On n’a jamais réussi à faire comprendre que les gens sont généreux dans ce métier et qu’ils ne viennent pas pour profiter. La négociation a révélé l’image que l’employeur a de nous, et ça, c’est difficile à vivre. Maintenant, si en effet, cela ne fonctionne pas, on pourra remettre l’ouvrage sur le métier et renégocier cet article. Entre temps, on peut aussi demander à la commission paritaire de rédiger une fiche d’interprétation de l’article.

Parfois, quand on est très engagé, on ne se rend plus compte d’aller trop loin. Est-ce que le but n’était pas de protéger les gens contre eux-mêmes ?

(AR) C’est en effet un des arguments qui nous a été donnés. Mais c’est très paternaliste ! Et il ne faut pas oublier que d’autres articles de la CCT nous protègent. Par exemple, on ne doit pas travailler plus de trois soirées par semaine et deux week-ends par mois, etc. Dans les discussions autour de cet article 18, nous n’avons finalement pas réussi à faire entendre la réalité du terrain, Donc, il faut l’appliquer et recenser les défauts pour continuer à l’améliorer.

Et quel est le deuxième point ?

(SA) Le cahier des charges des coordinatrices et coordinateurs région. C’est une des difficultés pour nous, employé.e.s : la volonté de la FASe d’inscrire dans le cahier des charges la dimension hiérarchique vis-à-vis des animatrices et animateurs. Or, redisons-le, dans les centres et maisons de quartier, bref, dans les lieux associatifs, notre employeur au quotidien, c‘est le comité : c’est lui qui nous dit ce qu’on doit faire. Pour nous, l’enjeu était de ne pas devoir rendre des comptes à deux employeurs et d’être écartelé.e.s entre les deux en cas de conflit entre ces deux instances. Ce point n’est pas un fantasme, des situations de ce genre existent et donnent lieu à de la souffrance dans les équipes. Nous tenions absolument à minimiser les risques que cela se produise. Le sujet a donc été longuement discuté et a donné lieu à des séances animées.

La FCLR avait aussi des enjeux à défendre sur ce dossier, notamment les prérogatives des comités. Nous étions totalement sur la même ligne.

(AR) Nous avons eu de la peine à faire comprendre à l’État et aux communes que le pilotage de l’activité d’une maison de quartier est hybride. Historiquement, la loi J 6 11 dit clairement que ce sont les associations qui sont responsables de la politique d’animation. Nous avons dit et redit pourquoi pour nous, c’est du comité que nous recevons les instructions et c’est à lui que nous devons en référer, pour les horaires par exemple.

(SA) A un moment, il y a eu un début d’ouverture : nous reconnaissons évidemment le rôle hiérarchique du Secrétaire général de la FASe pour tout ce qui relève de la gestion RH du personnel (avancement de carrière, annuités, etc…). En effet, si le comité est mécontent d’un.e professionnel.le, il peut se tourner vers la FASe. Partant de là, nous avons donc proposé une version intermédiaire sur le lien entre les équipes d’animation et la coordination région : la coordinatrice ou le coordinateur région agit par délégation du Secrétaire général auprès des équipes des centres. C’est le compromis que nous avions proposé et qui avait dans un premier temps été accepté par la délégation Employeur avant qu’elle ne change d’avis.

Finalement, une autre proposition est apparue en toute dernière minute le 17 décembre 2019. Elle est venue de Gabriel Barta, le délégué de la FCLR (voir l’article à la Une de la même Lettre “L’enjeu de fond n’était pas seulement la CCT”) avec une proposition de tableau qui précise la répartition des prérogatives entre comités et coordinatrice / coordinateur région. Ce jour-là, nous sommes arrivé.e.s devant la salle de réunion pour la dernière séance. C’était la séance de la dernière chance pour adopter un texte avant la fin de l’année. Soit on signait, soit les 10 ans de négociations capotaient ! La porte était close : les délégué.e.s Employeur étaient en discussion et on attendait dehors… Nous savions que ce tableau existait mais nous l’avons découvert en séance. Le partenaire Employeur bataillait et Gabriel pensait que ce tableau était la solution pour sauver la CCT. En tant que délégué.e.s du partenaire Employé, nous n’avons pas interféré dans leurs discussions. On voyait l’heure tourner, c’était un scénario rocambolesque. Finalement, c’est passé. C’était la moins pire des solutions. Mais, sur la question des horaires et des compensations, le tableau indique que les comités sont « responsables » et que la coordination région « contrôle ». Ce qu’on sent poindre, c’est la main mise de la FASe sur le pouvoir de décision de la FCLR, des comités et des associations.

(AR) Il faut lire attentivement le tableau. Il ne dit pas que les coordinatrices et coordinateurs région contrôlent les comités, comme l’ont dit certain.e.s. Ce tableau doit nous permettre de savoir quelles sont les prérogatives de chacun.e, pour protéger les employé.e.s des centres et clarifier et renforcer leur relations avec les comités.

(SA) Nous devons maintenant suivre avec attention le travail qui a lieu autour du projet institutionnel de la FASe. Il faut qu’il exprime clairement ce que nous sommes collectivement et pourquoi nous travaillons ensemble, dans le respect des valeurs de la charte cantonale et de l’animation socioculturelle. Ne trouvez vous pas, tout de même, qu’il y a quelque chose d’étrange à devoir rappeler ce qui devrait être une évidence pour une institution qui s’appelle la Fondation pour l’animation socioculturelle ?

Dix ans de négociations, c’est long ! Comment reste-t-on mobilisé sur un dossier comme celui-là ?

(AR) Le collectif ! Savoir que ce travail était utile pour tous. Ce processus a aussi été un apprentissage. J’ai appris énormément de choses techniques mais aussi sur moi : le droit de me mettre en colère contre un Secrétaire général, l’abnégation aussi. C’était passionnant !

(SA) Même chose pour moi. Mais surtout, on est parvenu à des progrès pour l’ensemble du personnel. La CCT a étendu des droits et clarifie les relations de travail pour de nombreuses personnes. J’ai souvent eu envie de quitter la table mais nous nous sommes accroché.e.s, et avons tout fait pour que les collègues travaillent dans de bonnes conditions. Je sais que je parle au nom d’Arianne également, je tiens tout particulièrement à remercier nos secrétaires syndicales et syndicaux, Mirella Falco, Filipa Chinarro puis Quentin Stauffer qui ont fait un boulot remarquable.

(AR) Et c’est historique ! Si j’avais pris la mesure de ce que ça représentait avant de m’engager, je n’aurais jamais osé y aller ! Et finalement, elle est globalement bien, cette nouvelle CCT.

(SA) Il y a eu des compromis sur les deux points évoqués plus haut. Maintenant il va falloir trouver des solutions satisfaisantes pour tout le monde, notamment sur les congés compensatoires. Nous devons notamment suivre de près le projet d’outil informatique dont  nous parle la FASe pour “aider les comités” avec la gestion des horaires…

« L’enjeu de fond n’était pas seulement la CCT »

© Pixabay                                                     Lettre de la Fédération n°19 – Juin 2020

Au cours des quelque.. 10 ans qu’a duré le processus de révision de la CCT FASe, plusieurs personnes se sont succédé à la table des négociations pour représenter la FCLR dans la délégation Employeur. Membre du comité de la maison de quartier Acacias, Gabriel Barta a été le dernier. Il nous raconte quels étaient les enjeux des discussions pour la FCLR et comment il a vécu les ultimes « rounds » de discussions jusqu’à l’accord final.

Vous êtes le délégué de la FCLR pour les négociations pour la révision de la CCT. Depuis quand ? Et comment avez-vous été « désigné » ?

Une CCT doit être approuvée par toutes les parties, et les négociations doivent être paritaires. La CCT FASe prévoit que la Commission paritaire compte le même nombre de représentant.e.s (quatre) du côté Employeur et du côté Personnel ; le groupe de négociation pour la révision de la CCT a été modelé là-dessus. La FCLR fait partie de la délégation Employeur, elle y représente les associations de centres. Je suis son délégué depuis septembre 2017. J’ai longtemps été le suppléant de Richard Noli qui a participé aux négociations depuis qu’elles ont commencé. Elles ont été interrompues à deux reprises, la dernière fois en 2015. Lorsqu’elles ont repris en 2016, Richard a pensé que le moment était venu de passer la main. J’ai été élu en AG de la FCLR.

Quels étaient les enjeux pour la FCLR, proche du terrain, et donc du personnel des centres ? A la fois sur le fond et sur le déroulement des négociations ?

La CCT entrée en vigueur en 2010 posait des difficultés majeures. Dès cette époque, nous voulions changer des choses. Il y avait bien sûr un enjeu légal pour garantir l’égalité de traitement de toutes les personnes occupant la même fonction. Mais il y avait également beaucoup d’autres enjeux sur les conditions de travail. Par exemple, quand une commune veut décider des actions à mener, comme cela a été le cas pour certains centres. Pour nous, l’enjeu de fond n’était donc pas seulement la CCT. Nous voulions faire accepter par tous les partenaires le principe de l’autonomie associative, selon lequel, sur le terrain, ce sont les comités des associations qui décident.

En parallèle, il y avait plusieurs enjeux spécifiques. Ainsi la question des congés compensatoires qui n’était pas mise en œuvre partout de la même manière selon les centres. Ce point présentait une difficulté pour la FCLR : il fallait prendre soin du personnel mais donner des congés supplémentaires privait les centres des forces disponibles pour mener les actions. Nous ne faisions pas obstacle aux congés compensatoires mais donner trois semaines forfaitaires de congés compensatoires systématiquement à tout le monde ne nous semblait pas faire sens à partir du moment où ils ne se justifient pas pour tout le personnel. En ce sens, la FCLR était des « deux côtés de la barrière ».

La « Fédé » a essayé de formaliser une proposition en 2018. Mais ni les autres membres de la délégation Employeur, ni les délégué.e.s du partenaire Personnel n’en ont voulu. Finalement, nous sommes parvenu.e.s à un accord fin 2019, chaque partenaire ayant fait une concession : la délégation Employeur a accepté d’octroyer une semaine forfaitaire pour tout le monde, aussi bien l’équipe d’animation que tout le reste du personnel. La délégation Personnel a accepté que les deux autres semaines de congés compensatoires ne soient pas forfaitaires mais accordées selon des heures de travail effectives.

Quant à l’enjeu de la hiérarchie entre le Secrétariat général de la FASe et les équipes d’animation, le plus gros et le plus difficile, il a été résolu à la toute dernière minute. Certains comités de centres n’étaient pas très au clair avec ce que voulait dire la hiérarchie. Certains la refusaient tout court. Dans les faits, c’est le bureau de la FASe qui fait signer les contrats de travail individuel du personnel des centres. Idem pour les licenciements : si une association veut se séparer d’une personne de son équipe, elle ne peut pas le faire sans la FASe. Il faut donc bien qu’il y ait une hiérarchie quelque part. On a regardé du côté du Secrétaire général qui a de fait ce lien hiérarchique avec les animatrices et animateurs puisque c’est lui qui signe, sur décision du collège de direction de la FASe, les contrats de travail et les lettres de licenciement. Mais, avec 300 à 400 animatrices et animateurs sur le canton, le Secrétaire général estimait qu’il ne lui était pas possible d’être le supérieur hiérarchique de tout ce monde.

Donc toute la controverse était de savoir si les coordinateurs et coordinatrices région pouvaient être les supérieur.e.s hiérarchiques des animatrices et animateurs, par délégation du Secrétaire général. Pour la FCLR, la réponse était non car le risque était trop important que ces personnes interfèrent dans le quotidien des centres. On ne voulait donc pas de hiérarchie entre cette fonction et les animatrices et animateurs.

Mais que faire lorsque les sphères de responsabilité des comités et des coordinateurs et coordinatrices région se chevauchent ? Il fallait une responsabilité quelque part. C’est cet élément qui manquait jusqu’à la toute fin des négociations… Nous étions en décembre 2019 et ça coinçait encore là-dessus alors que les négociations devaient s’achever en fin d’année. J’ai réfléchi et tout à coup, j’ai eu une idée. Dans la toute dernière séance de négociation le 17 décembre, j’ai proposé un tableau qui répartissait les compétences pour chacun : qui est « responsable » entre les comités et les coordinateurs et coordinatrices région. Ce document a débloqué la situation.

Il permet de formaliser un cadre de fonctionnement, sans parler de « hiérarchie » mais de « responsabilité », auquel équipes, comités et FASe peuvent se référer. Ce tableau fait partie intégrante de la CCT puisqu’il est intégré au cahier des charges des coordinateurs et coordinatrices région.

Comment se forgeaient et se décidaient les positions de la FCLR pendant le processus ?

J’avais un groupe de soutien composé de Claude Bodmer (coordinateur fédératif), Richard Noli et Didier Roulet (membres du Comité de la FCLR). Je leur transmettais les informations sur l’avancée des discussions et ils me donnaient leur avis. Je les sollicitais pour savoir s’il fallait consulter plus loin, notamment le Comité ou l’Assemblée générale, ou s’il fallait constituer un groupe de travail sur un sujet particulier. C’est ce que nous avons fait pour les congés compensatoires par exemple.

En dehors de cela, j’avais reçu un mandat général de l’Assemblée générale qui m’a élu délégué. Mais tout à la fin du processus, j’ai quand même consulté l’AG qui a eu lieu juste avant la dernière séance de négociations le 17 décembre : j’ai reçu un mandat absolu de refuser le mot « hiérarchie » dans le cahier des charges des coordinateurs et coordinatrices région.

Je comprenais le principe et étais d’accord avec l’enjeu de l’autonomie des associations mais éliminer le mot hiérarchie, c’était complexe à négocier. Et surtout que faire s’il y avait eu un compromis de sept délégué.e.s d’accord avec une option incluant le mot hiérarchie et que j’aurais été le seul contre ? A ce moment, j’ai pensé que me donner ce mandat était compliqué. Finalement, le tableau a permis de résoudre cette tension puisqu’il n’utilise pas le mot hiérarchie.

En fait, l’AG ne pouvait que me donner un mandat large pour me laisser une marge de manœuvre et pouvoir faire avancer les discussions. Je pouvais le faire car je suis engagé depuis longtemps et que je connais bien les positions de tout le monde au sein de la FCLR.

Mais on ne pourra pas éviter par la CCT qu’un coordinateur ou une coordinatrice région s’immisce. La seule manière de l’éviter passera par un management correct au sein du Secrétariat général de la FASe.

Le processus de négociations a duré 10 ans ! Comment reste-t-on mobilisé sur un dossier comme celui-là ?

(Rires) Je suis un cas un peu spécial parce que je suis plus porté sur les dossiers que sur les personnes. Tant que le dossier continue, je reste mobilisé. Et pour moi, les choses n’ont duré « que » trois ans. C’était lent et difficile parce que les gens n’étaient pas d’accord, ne s’écoutaient pas, ne se faisaient pas confiance. Mais ce n’était pas bloqué et je suis donc resté mobilisé.

Notre problème, c’est que beaucoup de gens sur le terrain n’ont pas confiance dans le « centre », c’est à dire le Secrétariat de la FASe et parfois la FCLR, et que le centre ne fait pas non plus confiance à la périphérie. Assez souvent, les gens ont réagi de part et d’autre très rapidement, sur la base d’exemples. Pourtant, on ne peut pas tout juger avec un seul exemple qui n’a pas fonctionné, ni dans un sens ni dans l’autre. Ce qui était difficile, c’était cette rigidité sur des positions et le manque de confiance.

Comment avez-vous vécu les deux dernières années du processus ?

Très bien ! Je réagis assez bien aux réunions qui progressent lentement. Le processus m’intéresse, pas seulement le résultat. Les gens qui ne s’intéressent pas au processus mais seulement au résultat perdent patience.

En ce qui me concerne, je voyais les résultats au fur et à mesure des séances. Mais évidemment sans savoir si le résultat final serait satisfaisant…

Un accord a été trouvé et la nouvelle CCT va entrer en vigueur. Le dossier est-il clos pour autant ?

Cette CCT est une avancée et, de mon point de vue, la FCLR peut être satisfaite.

Mais la question de l’autonomie des associations n’est toujours pas réglée. Cette question de fond sort de la CCT mais le fait qu’elle n’ait jamais été résolue a pesé sur les négociations qui en ont souffert !

La mise en œuvre de la CCT va la relancer. Il va falloir notamment que le directeur opérationnel de la FASe veille à ce que les coordinatrices et coordinateurs région respectent le partage des responsabilités établi dans ce fameux tableau. Et même chose du côté des comités, ils devront accepter que les coordinatrices et coordinateurs région de la FASe fassent leur travail.

D’après le tableau, il est évident que les animatrices et animateurs ont deux employeurs. Mais les gens ont des interprétations différentes de la notion d’employeur. Cela cause des quiproquos. Dans notre contexte FASe, dire qu’il n’y a qu’un seul employeur, c’est faux. Il faut donc commencer par s’accorder sur le fait qu’il y ait deux employeurs. Cela touche clairement l’enjeu de l’autonomie des associations. Il faut absolument le résoudre et clarifier la manière dont cette autonomie peut s’exercer et là où elle ne le peut pas. Un groupe de travail composé de la « Fédé » et du Secrétariat général de la FASe va être constitué pour travailler sur ce qu’on comprend de cette autonomie d’un point de vue partenarial. Et pour éviter qu’on ne se contredise sans arrêt.

Un dernier mot ?

En AG du personnel, il y a eu quelques abstentions mais personne n’a voté contre la nouvelle CCT. Même chose au Conseil de fondation de la FASe : aucune opposition mais une abstention qui a mis au jour la question particulière des ludothèques qui sont gérées par la FASe pour des raisons purement administratives mais financées par les communes. Certains éléments sur les congés compensatoires auront des conséquences financières pour les communes. D’où cette abstention d’un représentant d’une commune. La commission paritaire de la FASe va reprendre cette question et il est probable que de nouvelles négociations soient nécessaires pour la résoudre.

Edito : Une implication et une proximité remarquables

Lettre de la Fédération no 18 – mai 2020

 

La crise sanitaire que nous traversons est une immense leçon de modestie pour nous tou·te·s.
 
Chacun·e, quel que soit son statut dans notre société, ne peut que constater son désarroi face à l’ampleur et à la complexité du défi que doit relever notre société devant le virus. Personne, qu’il ou elle soit simple citoyen·ne, élu·e, chef·fe d’entreprise, médecin, n’a échappé à ce double impératif: se protéger soi-même et ses proches, puis protéger la société.
 
Pour l’animation socioculturelle genevoise, l’impact du Covid-19 aurait pu être dévastateur. Les centres de loisirs, les maisons de quartiers, les Jardins Robinson et les Terrains d’aventures se sont retrouvés du jour au lendemain privés de la possibilité de rassembler des gens… est-ce que nous allions simplement fermer et attendre que ça passe ? Le tissu qui compose cette animation socioculturelle, fort de ses 47 associations, a toutefois montré une fois de plus sa capacité à s’adapter rapidement. Votre implantation locale, le lien social que vous avez construit depuis des années à l’échelle des quartiers et des communes, vous a permis de produire des réponses multiples, variées et adaptées aux réalités de chaque lieu. Votre implication et celle de vos équipes d’animation vous ont permis de développer des projets de proximité remarquables. Merci et bravo. Nous avons donc choisi de mettre en exergue dans cette édition de la Lettre de la Fédé exceptionnelle quelques exemples de ce qui s’est fait sur le terrain, en l’espace de deux ou trois semaines seulement.

Ces animations alternatives ont été réalisées par des équipes qui plus est réduites, car il a fallu répondre aux appels à la solidarité émanant d’autres institutions, relayés par le Secrétariat général de la FASe. Nous avons aussi su répondre de manière très prompte au besoin d’accueillir des enfants pendant les vacances de Pâques.

De nouveaux défis

Cette réactivité est aussi rassurante, à l’heure où nous commençons à mesurer les impacts économiques et sociaux que cette crise va produire sur notre société. Car nous allons, à moyen et à long terme, être appelé·e·s à répondre à de nouveaux défis.

Tout d’abord, l’été qui approche pourrait être celui de tous les dangers. Les difficultés -voire l’impossibilité- de voyager vont avoir pour conséquence que les habitant·e·s de Genève passeront les mois de juillet et août à la maison, ce qui multipliera les besoins de loisirs. Et dans le même temps, tout porte à croire que cette offre de loisirs sera justement réduite, avec peut-être des lieux de détente encore fermés, ou ouverts seulement de manière restreinte. Parallèlement, les évènements festifs et culturels seront quasiment tous annulés. Dans ce contexte morose, au cours de ces deux mois d’été, les initiatives que nous pourrons prendre pour animer l’espace public seront particulièrement précieuses, et même indispensables.

L’autre constat qui saute aux yeux est le basculement dans la pauvreté d’une part importante de la population. Des centaines de familles qui s’en sortaient tout juste en multipliant les «petits jobs» se retrouvent depuis quelques semaines dans l’impossibilité de boucler leurs fins de mois. En témoignent les impressionnantes files d’attente qui se forment lors des distributions de colis alimentaires. Là aussi, nous pouvons apporter des réponses solidaires, toujours locales, en développant des projets à notre échelle, tout en travaillant le lien social.

Des mesures de soutien exceptionnelles sont en train de se préparer au niveau du canton et des communes, et nous sommes confiant·e·s dans le fait que nos initiatives et nos efforts seront portés par nos autorités politiques.

Nous espérons que la lecture de cette Lettre sera une inspiration pour nous tou·te·s, et qu’elle nous apportera du courage et de l’optimisme pour appréhender les bouleversements de ces prochains mois.

Pour le comité de la FCLR,
Pascal THURNHERR, Président